mardi 21 juillet 2015

Grèce: Wolfgang Schäuble ou l'art de la pression!


Wolfgang Schäuble, un ministre allemand sur le départ ?


Luxembourg le 21 Juillet 2015.

Didier REMER


L'accord pour imposer les réformes au peuple grec est passé, mais qu'en est-il des moyens utilisés pour faire plier la Grèce? Depuis le début de la crise, c'est en Allemagne qu'il faut trouver les tenants de l'orthodoxie budgétaire, pour cause, deux allemands sur trois considèrent que les grecs n'avaient plus leur place au sein de la zone euro !  La chancelière Angela Merkel s'est rangée à l'idée du compromis sans pour autant se risquer à donner un blanc seing au président français Hollande, au mieux, elle rassure ainsi ses troupes. Son ministre des finances n'a jamais manqué travailler en sous main pour que l'accord soit « bien calibré », comprendre ici que les grecs allaient devoir passer à la caisse et surtout s'engager vers un plan de réformes jugé comme « salutaire » par l'emblématique Wolfgang Schäuble. Celui qui fût l'épine dorsale du gouvernement Merkel s'est surtout imposé dans l'opinion publique, jouant sur les inquiétudes des allemands qui ne digèrent pas vraiment « Un compromis à la Pyrrhus ». Aujourd'hui, le ministre annonce sa possible démission, si... 

Bijoux de familles...

Nombreux s'interrogent sur la fiabilité et donc viabilité du plan des créanciers, le jugeant imparfait et bien sûr, incomplet. Il fallait aussi s'attendre à la fronde de nombreux économistes, et pas des moindres, qui font du « haircut » ou sérieux rabotage de la dette, leur nouvelle cible sémantique. « Ce qui gène dans le compromis, c'est qu'il s'est calculé dans une logique à court terme pour prétendre défendre une logique à long terme, thèse que l'amplitude de la dette va rapidement être rattrapée pour ne pas dire dépassée. » Avec la perte d'un tiers du P.I.B, l'économie du pays est loin du miracle escompté. Les déceptions seront d'autant plus grandes, notamment sur le volet privatisation « Il n'atteindra jamais les 50 milliards d'euros attendus! Vous savez, pour vendre ses bijoux de famille, faut-il que ceux-ci représentent encore une valeur dans un environnement économique propice, si tel n'est pas le cas, on s'oriente vers la braderie. » Il est à noter que la structure qui devait prendre corps à Luxembourg s'est vite retrouvée rapatriée en Grèce, « Là aussi, inutile de venir vous dire qui s'est battu pour telle humiliation pour le peuple Grec! » insiste notre source. Wolfgang Schäuble pense effet boomerang, celui qui vendait le fameux devenu rapidement fumeux Grexit comme la solution des solutions ne cache pas sa satisfaction de voir légitimer son positionnement par des économistes de renom. Une facilité pour conserver son large auditoire, mais qui « Ne reflète pas nécessairement une logique économique notamment avec le ratio en mode macro se devant toujours appuyée d'un certain bon sens vers la croissance. » 


''Un certain culot...''

On pensera à un modèle efficace pour la résilience économique. Le ministre allemand s'est fait beaucoup plus discret sur les conséquences d'un Grexit comme pour son pays l'Allemagne, mieux, il esquivait plutôt bien ce volet en jouant de certaines ''autres'' sorties médiatiques. Son  plan est bien connu, les grecs sont dans cette situation, ils doivent payer, car « C'est en Grèce que se trouvent les plus grands errements budgétaires au sein de la zone euro! » aimait-il nous rappeler. Mais celui qui s'est fait le chantre de la solution aux contours punitifs ne fait pas dans la dentelle, alors que la chancelière négociait à Bruxelles, il se répandait en contradictions multiples et variées, l'équilibre gouvernemental n'étant visiblement pas ou plus sa priorité. « Il avait tout intérêt à démontrer sa ligne! », plus il tapait à distance, plus la pression augmentait à Bruxelles, « Un Grexit eut été un Graal  pour ses thèses programmatiques, l'avenir du peuple grec n'étant pas sa priorité. Se réfugiant derrière les plans successifs comme ceux très coûteux souvent labellisés de la dernière chance, ceux dont il avait contribué à calibrer certains détails de la feuille de route avec les conservateurs! », chacun connaît la fin de l'histoire. Des raccourcis, et finalement un excédent primaire qui mérite d'être détricoté dans le détail, on pensera dotations aux amortissements. Certaines privatisations à marche forcée de l'ancien gouvernement grec se sont avérées improductives, désastreuses soulignent en off les experts du F.M.I et certains plus remontés de la Commission européenne, «  Il fallait un certain culot pour trouver des qualités à l'exécutif sortant, l'état sanitaire s'est dégradé à une telle vitesse, et le chômage s'est lui aussi amplifié comme cette dette en rapport au P.I.B. Finalement, le club des créanciers s'est engouffré dans l'orthodoxie financière qui porte de bons résultats en Allemagne, première économie de la zone euro et principal état créancier de la Grèce. » précise notre source proche du dossier.


Wolfgang, « L'huissier de justice »...

A Bruxelles, lors des conciliabules de l'Eurogroupe, Wolfgang Schäuble est souvent nommé « l'huissier de justice » de la maison Grèce.  Dans certains étages du Berlaymont, siège de la commission, on redoute toujours ses prises de position, « A vrai dire, celles de dernières minutes, elles ne facilitent jamais un climat de négociation, même si le ministre ne fait jamais l'économie d'une vérité! », il est bien souvent jugé avare par les experts qui le croisent. « Le problème, il balance, jette son son froid constat mais se fait très imprécis sur les réalités perçues du terrain comme pour les conséquences sur le peuple (...), un tel dossier demandait et demandera toujours une résolution par certains canaux de transmission comme la politique. (…) Les français, sans être pour autant béats, ont une approche plus ouverte et donc humaniste. (...) Là ou certains veulent dynamiter des ponts, ils passent un temps fou à créer des passerelles. Leur logique est plus en phase avec l'art du compromis des pères fondateurs, sans compter qu'ils s'intéressent aux conséquences géopolitiques, point faible des allemands sur la scène internationale. Le ministre allemand des finances met et se fait remettre en pilotage automatique par son opinion, c'est un cercle vicieux qui ne permet pas de grandes manœuvres de négociation, pour faire court, il maîtrise l'art de la pression, cette grande voisine de la peur. » croit savoir notre source. 


Démission?

Pour l'heure, il n'est pas dit que le vieux lion cède à la chancelière, en annonçant sa possible démission si le plan n'était pas respecté, il s'accommode d'une porte de sortie... confortable. Le risque de voir les décisions des créanciers ne pas l'emporter en Grèce à mesure que le champs législatif va devoir s'en approprier, est un pari audacieux sur la déconfiture du gouvernement Alexis Tsipras. « Il ne faut pas y voir une valeur noble d'encouragement, le ministre allemand capitalise sur sa popularité ascendante face à celle tourmentée d'un Alexis Tsipras! » souhaite conclure notre source à Bruxelles. Les mesures de sauvegarde et celles de contraintes budgétaires permettent au premier ministre grec de disposer d'un  peu de répit, mais il lui sera compliqué de satisfaire un peuple qui va devoir se serrer la ceinture sans avoir la garantie d'une reprise économique rapide. Il s'est lui même aménagé un gouvernement de circonstance qui va devoir agir dans un esprit de concorde, son nouveau ministre des finances  Euclide Tsakalotos, (55 ans est né à Rotterdam, aux Pays-Bas, puis a suivi ses études à Oxford, dans un cursus de politique, philosophie et économie – le même que le premier ministre britannique, David Cameron. ) est plus consensuel dans les négociations, plus ouvert que son prédécesseur Yanis Varoufakis dont il est souvent répété que Wolfgang Schäuble s'était promis d'avoir... la tête! « Bien que l'Allemagne joue assez logiquement de ses performances économiques incontestables, à vouloir s'entêter avec un tel représentant des finances, elle se coupe peu à peu de ses alliés. L'Europe n'est plus d'une composition verticale, dans de nombreux états, les populismes rampants creusent un parfait sillon. Il n'est pas rare que le cas grec soit un curseur pour nourrir les fibres les plus nationalistes. L'euro est un outil au service de l'économie réelle, avec les Allemands il est trop souvent remisé au rôle de variable d'ajustement au profit d'intérêts si particuliers comme ceux prégnants des marchés. » souligne une de nos sources à Paris. 



Alexis Tsipras, premier ministre grec.



Rebâtir

Les premières mesures votées la semaine dernière en Grèce semblent s'installer dans les esprits, l'hospitalité des grecs est toujours de mise. Le tourisme devrait traverser sans grandes difficultés  la contrainte de l'augmentation de la TVA de 10 points. Le plus délicat est bien ce sujet récurrent de l'haircut,  de nombreux économistes comme ceux des plus grandes institutions souhaitent ouvrir le débat pour que le dossier s'invite rapidement dans les prochains rendez-vous avec les créanciers. Un point positif semble se dégager des discussions actuelles, à données comparées, le calcul des efforts acquis aux gouvernements grecs successifs ne plaide pas en la faveur de la maturité actuelle des dettes. On s'oriente vers un autre calcul, celui d'une croissance économique à retrouver au plus vite, « S'il faut à présent miser quelque part, c'est bien dans la résilience économique de nos amis grecs, notre accompagnement se devra plus sélectif et l'horizon s'élargira. Il faut construire un modèle économique qui tienne compte de toutes les réalités de ce pays. (…) Le premier risque est de le voir claquer la porte de l'Europe si celle-ci ne lui propose pas des solutions qui soient enfin efficientes, avec le plan d'investissement toujours à définir dans les faits, il faudra rebâtir. Un euro au service de l'économie est toujours plus profitable que dix euros au seul service de la dette! » instigue notre source. En rien différent de la posture du nouveau ministre grec des finances qui dans ''Libération'' nous expliquait: « Si nous devons en permanence chercher à court terme l’argent pour rembourser le FMI ou la BCE, nous n’aurons jamais la possibilité de procéder aux réformes structurelles nécessaires. Nous avons déjà accepté des mesures que nous ne pensions pas forcément bonnes. Mais que faire de la dette ? » précisait Euclide Tsakalotos. Le FMI et la BCE ne le cachent plus, il faudra un allègement de cette dette, « L'haircut n'est plus un sujet tabou !», le commissaire européen Pierre Moscovici devait lui aussi le confirmer. A Washington, Olivier Blanchard, expert émérite du FMI avait déjà exprimé cette hypothèse tout en accompagnant son étude des premières conséquences des errements de l'orientation des premiers plans d'aide actés par les créanciers qui selon lui, se sont faits guider par l'urgence d'un possible effet systémique à l'ensemble de la zone euro. Il est à noter que la Grèce peut à présent se tourner vers l'institution supranationale « Dès lors que son engagement s'est finalement avéré pour ce qui est de la dernière tranche. » L'Europe est réactive, la promesse d'un plan d'aide via les différents mécanismes existants tout comme le plan d'investissement de la Commission européenne Juncker semblent aussi éclaircir l'horizon de la Grèce, le problème majeur est bien dans la capacité d'Alexis Tsipras pour résister à la formidable pression exercée par le ministre allemand des finances qui joue ici peut être une de ses dernières cartes. Car n'en déplaise à ses plus fidèles défenseurs, il faudra bien s'intéresser au bilan de ce travail constant de pression d'un Wolfgang Schäuble. « Nombreux sont les experts qui doutent fort que le bilan comptable de l'orthodoxie érigée en principe faussement vertueux puisse plaider en faveur des créanciers et ce au même titre de ce besoin de résilience indispensable pour l'avenir des grecs. »  Même si Alexis Tsipras est confronté à ce délicat défi, il a le mérite de capitaliser sur des relations constructives, s'évitant les problématiques égotiques quitte à devoir trancher, ce qu'Angela Merkel ne peut faire avec la même verticalité. En s'appuyant sur une possible démission annoncée, le ministre allemand des finances joue bien de cette incapacité notoire de la chancelière.







Wolfgang Schäuble


Wolfgang Schäuble est né le 18 septembre 1942 (72 ans) à Fribourg. Il est protestant, marié et père de quatre enfants. Wolfgang Schäuble suivit des études de droit et d`économie, à l`issue desquelles il fit un doctorat en droit (Dr. iur.) en 1971. Depuis 1972, Wolfgang Schäuble est membre du Bundestag où il assuma, de 1981 à 1984, le poste de secrétaire du groupe parlementaire de la CDU/CSU au Bundestag.

Ensuite, il devint ministre fédéral chargé de Missions spéciales et chef de la Chancellerie fédérale avant de devenir ministre fédéral de l’Intérieur, poste qu`il occupa de 1989 à 1991. Depuis 1989, Wolfgang Schäuble est membre du bureau politique de la CDU au niveau fédéral. Entre 1991 et 2000, il fut président du groupe parlementaire de la CDU/CSU au Bundestag, poste auquel s`ajouta, dès 1998, celui du président de la CDU au niveau fédéral. Depuis, il est membre de la présidence de la CDU au niveau fédéral. A partir de l`an 2002, Wolfgang Schäuble fut vice-président du groupe parlementaire de la CDU/CSU au Bundestag pour la politique extérieure, la politique de sécurité et la politique européenne avant d`être à nouveau nommé ministre fédéral de l’Intérieur en 2005. Depuis 2009 il est le ministre fédéral des Finances.

















Finance Offshore © Copyright 2015 Tous droits réservés - Images may be subject to copyright.
Finance Offshore, premier site sur la Finance Offshore de l'espace francophone international

Finance Offshore © Copyright 2006 - 2017- Tous droits réservés- Images may be subject to copyright.