lundi 29 juin 2015

Grèce: L'Europe joue sa tragédie grecque! Edito de Didier REMER


Le premier ministre Alexis Tsipras prétend défendre l'avenir de la démocratie en Europe.


Luxembourg le 29/06/2015,

Didier REMER

(Editorial également disponible sur le site d'informations financières Warren.lu,  Luxembourg Banking, Investments & Fintech.)



Dans la soirée de samedi, en préférant le référendum à l'ultimatum, le premier ministre grec Alexis Tsipras a pris de court tous les créanciers de son pays. Alors que les propositions des Européens misaient sur un énième plan de la dernière chance, les quelques 15,5 milliards d'euros escomptés n'auront pas été en capacité de repousser l'échéance, on pensera ici au défaut de paiement... A vrai dire, dès vendredi, il fallait déjà s'attendre à ce que l'offre prétendue comme « exceptionnellement généreuse » par la chancelière Angela Merkel s'avère possiblement scabreuse. Les négociations se sont dégradées à tel point que les émissaires grecs qui discutaient modalités dans une annexe feutrée de la Commission avec leurs homologues représentants les créanciers européens et ceux du FMI, devaient apprendre la nouvelle du référendum par les médias ce même soir! Lors d'une allocution télévisée, Alexis Tsipras annonce la couleur, « Les créanciers n'ont pas cherché notre approbation mais l'abandon de notre dignité, il faut la refuser. » invitant son peuple au plus large soutien possible, « Le peuple grec dira un grand non à l'ultimatum mais en même temps un grand oui à l'Europe de la solidarité. (...) Au lendemain de ce fier non, la force de négociation du pays sera renforcée! », l'attaque est frontale, sans appel, les dirigeants européens apprécieront. En ligne de mire, le catalogue de mesures de l'extension du programme pour cinq mois, jugées profondément récessives par Athènes pour un calendrier d'autant plus court. Les Grecs devaient s'engager à de nouvelles réformes, notamment sur les retraites pour alléger leur poids croissant dans le PIB, était également exigée par les créanciers une augmentation de la TVA pour différents secteurs comme ceux liés au tourisme, pré-carré de la résilience économique. Face à l'urgence de l'échéance du FMI du mardi 30 juin et de celle à venir pour le compte de la BCE, le 20 juillet prochain, les Grecs se sont retranchés sur les engagements programmatiques du gouvernement Tsipras. Le premier ministre souhaite clairement conditionner la poursuite de toutes négociations en lançant l'arme fatale du référendum. Celui qui joue la survie de son gouvernement mise sur cette autre Europe, c'est à dire de la solidarité. Il replace ainsi les européens face à leur responsabilité collective, d'abord celle du drame vécu par tout un peuple, pas moins celui qui touche d'autres peuples enferrés dans les politiques de l'austérité, le PIB de la Grèce a été réduit de près d'un tiers depuis 2008!
Sauve qui peut...
Plus tard et face à l'ampleur de l'annonce du premier ministre grec portant sur l'organisation d'un référendum le 5 juillet prochain, les ministres de l'eurogroupe se sont retrouvés dans l'urgence pour travailler le fameux plan B. L'ambiance était pesante, les discussions parfois houleuses, les mots n'étaient pas assez forts pour critiquer l'absent du jour, celui-ci devait finalement rester très présent dans les salves oratoires. Le ministre grec des finances Yanis Varoufakis aura bien été au centre de toutes les critiques, celui-ci est perçu comme la véritable bête noire de l'édifice de la nouvelle stratégie grecque, d'ailleurs la veille, le noir du costume et de la chemise du ministre grec des finances annonçait la couleur funeste de l'opus. En fait, il n'est pas juste de conclure à une nouvelle stratégie, dès le départ, le premier ministre grec et son ministre des finances avaient toujours conditionné la poursuite des négociations que si est seulement la dignité du peuple en souffrance obtiendrait un plein quitus avec des réponses proportionnées pour mettre fin au drame social. Le pays subit les conséquences de l'austérité depuis cinq années. Le sort du pays ne pouvant être dissocié de celui du quotidien de tout un peuple aux prises aux plus grandes difficultés, le volet social étant rarement mis en avant par les négociateurs qui représentaient les créanciers, tout juste dans certains effets de la pure sémantique. Cependant, la dégradation des conditions de vie comme celle de l'augmentation de la pauvreté font force à un risque tout aussi croissant, Eurostat démontre que depuis 2010, une augmentation sans précédent de plus de 15% annuel cumulé de ce risque. On pourrait aussi s'intéresser au delta entre efforts des créanciers pour les banquiers et ceux acquis au peuple. D'ailleurs, il n'est pas irréaliste de s'intéresser à l'initiative de nombreux économistes de renom qui prônent un ajustement de la maturité de la dette pas moins celui d'une réduction nominale massive de celle-ci.
''Apprendre de ses erreurs...''
Alors que la Grèce n'a jamais été aussi proche du défaut de paiement avec la récente rupture des négociations, l'ancien directeur général du FMI sort de sa longue réserve pour instiguer la recherche d'un ''traitement global de la crise grecque.'' Dominique Strauss Khan s'en est ouvert sur son nouveau compte Twitter, cette initiative qui s'imposera comme une des nombreuses contre-propositions aux décisions actuelles des européens qui, selon lui, ne miseraient finalement ''qu'avec un refus d'accepter l'allègement de la dette grecque... qu'ils détiennent.'' Dans sa missive de trois pages, DSK l'économiste s'attaque à une démonstration dont le titre force l'humilité, « Apprendre de ses erreurs ». Pour sortir de ce tunnel de la tragédie grecque, l'ancien patron du FMI suggère que "la Grèce ne reçoive plus aucun financement nouveau de la part de l'Union européenne comme du FMI'' et qu'elle bénéficie à présent ''d'une très large extension de la maturité et même d'une réduction nominale massive de sa dette à l'égard des institutions publiques" mais propose une issue avec le mécanisme progressif de réductions (comme celui réservé aux états en développement ou en très grandes difficultés.). Démontrant des "choix budgétaires difficiles" pour les Grecs, il cite la réforme fiscale, cette bataille "contre l'oligarchie, les intérêts privés et la lourdeur de l'appareil de l'Etat". Ils feront ainsi ces choix "eux-mêmes", ''sans contrainte venue de l'extérieur'', insiste-t-il. Si cette idée fonctionne, la Grèce pourrait alors devenir "éligible à des effacements progressifs de sa dette", précise l'ancien directeur du FMI pour qui "seule la dizaine de milliards prévus pour la recapitalisation du système bancaire devraient être versée pour permettre à la banque centrale européenne" de poursuivre son programme d'aide d'urgence. (ELA) "Il n'est pas sûr que cela marche", reconnaît Dominique Strauss-Kahn, appelant les autorités grecques "au courage et à l'indépendance." Autant dire que cette prise de position va s'imposer dans le débat actuel, à tout le moins, elle devrait permettre de compléter l'offre de réflexion pour un plan B en discussions. Dominique Strauss-Khan semble visiblement très inquiet sur le caractère répétitif de certaines erreurs, point qu'il ne manque pas de souligner à maintes reprises dans sa (contre) proposition... Est-il besoin de préciser que cette initiative intervient alors que le premier ministre Alexis Tsipras vient d'obtenir un plein quitus de son parlement pour organiser ce fameux référendum promis à son peuple le 5 Juillet prochain, celui-ci ayant demandé à son peuple de voter clairement non aux propositions... des créanciers.

''Drachmatique..."
Toute cette semaine, nous allons voir comment le dossier sera appréhendé par les différents acteurs de la partition, un risque s'impose, celui d'une contagion comme l'a souligné l'emblématique ministre des finances allemand, un Wolfgang Shäuble finalement peu surpris par l'attitude des grecs. Un effet domino qui peut toujours venir faire mentir les plus optimistes d'entre-nous sur l'issue, en effet le ''Grexit'' restant toujours l'hypothèse la plus redoutée pour en être ''drachmatique...''  comme le disent certains négociateurs de Bruxelles. Pour l'heure la BCE assure son rôle et rallonge le dispositif ELA (mécanisme pour assurer les liquidités), mais pour combien de temps encore? Christine Lagarde, la directrice générale du FMI s'inquiète de ''la légitimité juridique du référendum alors que les négociations sont rompues '' de façon unilatérale par les grecs et donc que dans ses conditions, ''les propositions des créanciers ne sont donc plus à l'ordre du jour''... Jean-Claude Juncker se disait lundi matin "trahi" pas ses interlocuteurs, le président de la Commission insistant sur le volet social des propositions qui se doivent aussi ''réalistes'', les grecs le suspectent de ne pas agir en totale sincérité sur le volet social, Angela Merkel invite à faire tous les possibles pour protéger la Grèce en Europe et donc l'Euro, cependant restant disposée à faire sens ''au droit légitime des grecs pour organiser un référendum'', elle invite les grecs ''au bon sens", à revenir autour de la table, "assumer ses responsabilités" et faire ainsi "des compromis" pour se trouver une issue, pour y parvenir, il faut donc "faire des efforts"''compromis et efforts, deux faces d'une même médaille'', celle d'une Europe économique et donc politique qui se doit aussi toujours et avant tout "solidaire", assure t-elle.  Pour l'heure, l'Europe joue sa tragédie grecque, nous allons voir en combien d'actes la pièce sera ainsi débitée...








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