vendredi 26 juin 2015

Grèce: Face à l'échéance, l'art de la synthèse au rabais?

Alexis Tsipras, Jean-Claude Juncker, Angel Merkel, regards croisés... (Dr)



Bruxelles, 26/06/2015.

Didier REMER


« A vouloir se trouver une issue par le haut, français et allemands tutoient un certain plafond de verre! » peste cet émissaire visiblement inquiet de la tournure des événements. Il faut dire que les derniers conciliabules se sont rapidement engouffrés dans le tunnel de la real politique. C'est en Allemagne ou la pression s'accentue le plus, de nombreux parlementaires de la CDU se disent à présent clairement disposés à un Grexit! Au même titre qu'un Alexis Tsipras qui voit sa coalition fissurée de toutes parts, Angela Merkel ne s'y trompe pas ou plus, « Il faut (aussi) ménager ses troupes, son peuple! » pestait en boucle un parlementaire allemand. C'est la démonstration de la limite de l'exercice, gérer à l'intérieur cette crise venue de l'extérieur s'avère comme un certain chemin de croix « On n'attaque pas le Mont Blanc en espadrilles, il faut des crampons! » me souffle cet ami proche du dossier qui ne cache pas la complexité des négociations actuelles... A ce jeu perfide, le président français semble encore disposer d'une marge... un peu plus large, l'opinion publique française trouvant encore beaucoup de sympathie au ''courageux leader grec'', démonstration de cette gauche transgenre capable de se réformer dans l'épreuve. Pour la chancelière, la partie s'annonce beaucoup plus serrée, ce qui dans son esprit ne veut pas dire spécialement plus fine. Celle qui mise sur la ligne dure de l'austérité pour en être totalement assumée, risque de perdre des plumes dans la bataille. François Hollande s'est donc logiquement positionné comme le promoteur de la synthèse... à trouver. « En jouant les casques bleu, il préfère capitaliser sur une issue globale, c'est à dire s'éloignant au possible du fameux Grexit et du risque politique qui l'accompagne. (...) Nous sommes dans le fameux '' Money time'', c'est à dire ce précieux temps ou la politique se doit anticiper sur l'issue à trouver! D'un pays à l'autre, les conséquences comme les ressentiments sont très variables, les dirigeants sociaux démocrates européens sont assez disponibles pour l'idée d'une gestion de la crise sans cet énième volet punitif en partie promis.(...) Si Alexis Tsipras tombe, c'est tout l'édifice qui tombera avec, autant dire que les conséquences politiques dépasseront rapidement les frontières de la Grèce et son pré-carré d'une refonte de l 'échiquier. La victoire serait bien vite amère pour les conservateurs de tous poils...» croit savoir cet important diplomate qui ne se fait pas d'illusions sur l'issue de la partie. « Nous allons trouver une issue, mais je doute fort qu'elle soit aussi globale que comme souhaitée par le président français, ici ce n'est pas ''Moi président... '' mais bien, '' Nous créanciers!'' » tacle le diplomate.

Ambiance...


Pour l'heure, c'est bien tout l'art de la diplomatie européenne qui se joue, sur la question des migrants, les coups de gueules du premier ministre italien s'avèrent à peine payants. L'épineuse question des quotas s'est invitée dans l'autre grand dossier du moment. Matteo Renzi s'est dit prêt à laisser cette Europe incapable de produire les effets de sa logique, le dossier est jugé comme particulièrement sensible. « Là ou certains s'inquiètent de l'ampleur d'un flux migratoire toujours plus grand, les esprits européens se sont démontrés assez petits.» insiste un diplomate. (Ambiance)  Le président de la commission s'est dit déçu par cette incapacité notoire d'une Europe pour intégrer 40000 personnes dans les plus grandes souffrances. Jean-Claude Juncker relativisant plutôt bien ce nombre avec les 745 millions d'habitants de l'Union européenne! Là aussi, les inquiétudes portent plus sur l'interprétation qui sera faite d'un tel effort, à commencer par tous les autres candidats au départ, on ne viendra pas ici parler de Frontex et cette passoire pas moins notoire. Un ancien président français jouait encore au plombier la semaine passée en usant d'une métaphore bien trempée...

Tiraillements...

Assurément, lui doit savoir nager en eau trouble dans les flots d'une mer tempétueuse en pleine nuit. La parenthèse refermée, la Grèce est à l'image de cette Europe qui s'enfonce, alors que le FMI dirigé par Dominique Strauss Khan devait s'imposer face à l'absence de bouée de sauvetage de nos institutions si locales, les prévisions les plus optimistes se sont avérées finalement comme les plus scabreuses. Inutiles de faire ici la liste de tous ces économistes dont certains ''nobélisés'' pour venir appuyer la gravité de la situation de ces nombreuse conséquences d'un naufrage maintes fois annoncés. On pourra peut être se consoler en observant la volonté ainsi affichée dans la difficile résilience qui s'impose à nos amis grecs, ''un choix entre la peste et le choléra'', devait rappeler un négociateur chevronné. Dans les conciliabules de Bruxelles, on préfère se voiler la face, après tout, la prochaine échéance ''Monnaie et trébuchante'' est pour le mois de... Juillet, de quoi relativiser la partition qui se joue. Pour l'heure, les tensions entre Angel Merkel et son ministre des finances Wolfgang Shäuble se font plus prégnantes, celle qui rappelle que « là où il y a une volonté, il y a aussi un chemin », insistant sur le champs politique, toujours meilleur pour mener ainsi bataille. La guerre ouverte entre son ministre et son homologue Grec Yanis Varoufakis promet encore certains coups bas, ''avec un tel jeu, on peut s'attendre à des tiraillements capables de torpiller tout l'édifice.'' Depuis, le FMI et sa sémillante patronne Lagarde, (la bien nommée), joue le pompier en sous marin, il faut dire que la chancelière annonce depuis le début de la crise que si la Grèce devait sortir, ''l'échec serait personnel'', ce qui ne manquera pas d'intéresser son loyal ministre des finances. Celui dont la respectabilité est acquise au parlement pour ne jamais manquer au devoir de repositionner (non sans prudence) le curseur toujours plus haut, « Avec tout le respect que l'on doit aux électeurs grecs, la Grèce ne peut pas décider, seule en Europe, quel chemin est bon. » gagnant au passage une couverture médiatique sur mesure dans Bild ce jeudi « Comme aucun autre, le ministre des finances se bat dans la crise grecque pour un euro fort! » Les rivaux de quinze ans ont certes parfois de quoi s'opposer, mais finalement, rarement quand les grecs font des pas en arrière. Il y a des efforts considérables d'entremise, notons ceux du président de la commission, un Jean-Claude Juncker toujours capable de certains miracles, et parfois même rejoint par le président de la BCE, un Mario Draghi qui depuis son installation à Francfort, lui aussi, connaît bien les subtilités entre Germains. Alexis Tsipras se cherche un solide pont pour son peuple, pour l'heure, les passerelles s'amoncelent... A suivre.




URGENT: UN REFERENDUM LE 5 JUILLET
 EN GRECE! (22H00 GMT)




Le but est d'humilier un peuple...


« En cinq mois de négociations, on nous a demandé de continuer d’appliquer des politiques que vous avez rejeté dans les urnes », a-t-il déclaré en direct à la télévision avant de résumer durement l’attitude des créanciers : « Leur but est d’humilier un peuple tout entier. » Le Premier ministre, issu de Syriza, s’est montré confiant dans le choix du peuple grec : « Je vous appelle à choisir avec la dignité qui a toujours caractérisé le peuple grec. Votre choix honorera l’histoire de notre pays. L’Europe est la maison commune des peuples. »

Source: AFP


Le Premier ministre Alexis Tsipras a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi la tenue d'un référendum en Grèce sur le texte qui pourrait résulter samedi de l'Eurogroupe prévu à Bruxelles entre Athènes et ses créanciers.


"Le peuple doit décider hors de tout chantage (...), le référendum aura lieu le 5 juillet", a déclaré le Premier ministre dans une allocution diffusée vers 01H00 locale (22H00 GMT) sur les chaînes de télévision grecques, à la veille d'une ultime réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles avant un possible défaut de paiement de la Grèce au FMI le 30 juin.


Un peu plus tôt, le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis a considéré que la Grèce et ses créanciers avaient "le devoir" de trouver un accord à l'Eurogroupe de samedi à Bruxelles. "Il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas d'accord demain à l'Eurogroupe, nous avons le devoir de trouver une solution", a déclaré M. Varoufakis dans une interview à la chaîne de télévision Ant1, tout en donnant des justifications au refus grec de la proposition des créanciers dans l'après-midi.


Source: Reuters

ATHENES, 27 juin (Reuters) - Les banques grecs ouvriront lundi et aucun projet de contrôle des capitaux n'est en préparation, a déclaré vendredi soir le ministre délégué à la Réforme administrative, George Katrougalos, quelques minutes après l'annonce d'un référendum le 5 juillet sur les propositions des créanciers de la Grèce. Une rencontre aura par ailleurs lieu ce samedi entre le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, et, côté grec, le vice-Premier ministre Giannis Dragassakis, le ministre des Finances Yanis Varoufakis et le négociateur en chef Euclide Tsakalotos, ont annoncé les services du Premier ministre. De retour de Bruxelles, Tsipras, qui a réuni en urgence son gouvernement, a annoncé vendredi soir la tenue le 5 juillet prochain d'un référendum pour ou contre les propositions "en forme d'ultimatum" des créanciers de la Grèce.




Plus tôt dans le début de soirée...

“ Les principes fondateurs de l’Union européenne étaient la démocratie, la solidarité, l‘égalité et le respect mutuel'', a déclaré Alexis Tsipras en quittant le sommet européen. ''Ces principes n‘étaient pas fondés sur le chantage et les ultimatums. Et en particulier en cette période, personne n’a le droit de mettre en danger ces principes. “
Pour lui, Athènes est déjà allé très loin dans les concessions en acceptant notamment de nouvelles hausses d’impôt et le report de l‘âge de la retraite. Et faute d’accord, le pays ne pourra pas honorer son remboursement au FMI mardi prochain. Interrogé sur les pressions exercées par les créanciers, le Président de la Commission européenne a balayé les critiques.
“ Il n’y a pas eu d’ultimatum, et il est non-européen de faire croire aux Grecs que c’est un ultimatum. Nous ne dirigeons pas une affaire en annonçant des ultimatums, mais c’est anti-européen de ne pas écouter les autres, cela c’est anti-européen “, a martelé Jean-Claude Juncker.
L’hypothèse du défaut de paiement sera aussi au programme de l’Eurogroupe, qui évoquera un plan B pour en amortir les conséquences.
Les pays de la zone euro et le FMI sont sur la même ligne et demandent à la Grèce d’accepter les dernières propositions. Dans le même temps, les discussions techniques se poursuivent à Bruxelles et certains ministres d‘évoquer une prolongation de l’Eurogroupe jusqu‘à dimanche.

''REFERENDUM 5 JULLET'' 

Allocution du premier ministre Alexis Tsipras 
(Traduction en langue française)

Chers citoyens grecs,

"Depuis six mois, le gouvernement grec mène bataille dans des conditions d'asphyxie économique sans précédent pour mettre en oeuvre le mandat que vous nous avez confié le 25 janvier. Il s'agissait d'un mandat pour négocier avec nos partenaires afin de mettre un terme à l'austérité et rétablir la prospérité et la justice sociale dans notre pays. Un accord viable qui respecterait à la fois la démocratie, les règles communautaires européennes et mènerait à la sortie définitive de la crise.

"Tout au long de cette période de négociations, on nous a demandé d'adopter les accords de renflouement qui avaient été acceptés par les précédents gouvernements et ce, en dépit du fait qu'ils avaient été catégoriquement condamnés par le peuple grec lors des récents élections.

"Mais pas à un seul moment nous n'avons envisagé de céder. Cela aurait été trahir votre propre confiance.

"Après cinq moins de dures négociations, nos partenaires ont malheureusement conclu lors de l'Eurogroupe d'avant-hier par une proposition, un ultimatum adressé à la République hellénique et au peuple grec. Un ultimatum qui contrevient aux principes fondateurs et aux valeurs de l'Europe (...)

"On a demandé au gouvernement grec d'accepter une proposition qui accumule de nouvelles charges insupportables sur le peuple grec et sape la reprise de la société grecque et de son économie, qui maintient non seulement l'incertitude mais amplifie davantage encore les déséquilibres sociaux.

"Les propositions des 'institutions' (ndlr, Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) incluent des mesures qui mènent à une déstabilisation supplémentaire du marché du travail, des diminutions des retraites, de nouvelles baisses des salaires dans le secteur public et une augmentation de la TVA sur la nourriture, la restauration et le tourisme, avec une élimination des exemptions de taxes dans les îles.

"Ces propositions violent clairement les règles européennes et les droits fondamentaux au travail, à l'égalité et à la dignité, ce qui montre que l'objectif poursuivi par certains de nos partenaires et certaines 'institutions' n'était pas un accord viable et mutuellement bénéfique pour toutes les parties, mais l'humiliation d'un peuple tout entier. 

"Ces propositions prouvent l'obsession, principalement de la part du Fonds monétaire international, pour une austérité dure et punitive.

(...)

"Mes compatriotes Grecs, nous avons aujourd'hui la charge, avec la responsabilité historique, (en hommage) aux luttes du peuple hellénique, de sanctuariser la démocratie et notre souveraineté nationale.

"C'est une responsabilité devant l'avenir de notre pays. Et cette responsabilité nous oblige de répondre à cet ultimatum sur la base de la volonté du peuple grec.

"Je viens de réunir le gouvernement, j'ai proposé un référendum afin que le peuple grec décide de manière souveraine. Cette suggestion a été acceptée à l'unanimité. Demain (samedi), le Parlement se réunira en session plénière pour ratifier le projet gouvernemental de référendum dimanche 5 juillet prochain, posant la question de l'acceptation ou du rejet de la proposition des 'institutions'.

"J'ai déjà communiqué ma décision au président français (François Hollande) et à la chancelière allemande (Angela Merkel), au président de la BCE (Mario Draghi), alors que je demanderai officiellement demain une prolongation de quelques jours du programme (de renflouement) de sorte que le peuple grec puisse se prononcer sans pression ni coercition (...)

"Face à ce chantage en forme d'ultimatum visant à vous faire accepter une austérité stricte et humiliante, sans issue visible ni perspective de nous rétablir économique et socialement, je vous appelle à vous prononcer en souveraineté et avec fierté, ainsi que l'exige l'Histoire fière des Grecs.

"A cette austérité autocratique et hostile, nous devons répondre par la démocratie, le sang-froid et l'esprit de décision.

"La Grèce, berceau de la démocratie, devra envoyer une réponse démocratique
forte à l'Europe et à la communauté mondiale.

"Je m'engage personnellement à respecter le résultat de vos choix démocratiques, quels qu'ils puissent être.

(...)

"En ces heures cruciales, nous devons tous nous souvenir que l'Europe est la maison commune de ses peuples. Qu'il n'y a ni propriétaires ni invités en Europe. La Grèce est, et restera une part indispensable de l'Europe et l'Europe une part indispensable de la Grèce. Mais une Grèce sans démocratie, c'est une Europe sans identité ni boussole.

"Je vous invite, chacun d'entre vous, à prendre les décisions dignes de nous. Pour nous, pour les générations futures, pour l'Histoire, pour la souveraineté et la dignité de notre peuple."




Alexis Tsipras

(Traduction de l'allocution télévisée en langue française, seule la version originale fait foi.)

Source: Gouvernement .





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