jeudi 28 mai 2015

L'Edito: Le Phénix Jean-Claude Juncker!

"Salut le dictateur!": Jean-Claude Juncker ou l'art du protocole décomplexé...

Luxembourg le 28/05/2015
Didier REMER

Editorial diffusé sur le site luxembourgeois d'informations financières Warren.lu, Luxembourg Banking, Investments & Fintech.
Il est très certainement celui qui compulse tous les paradoxes de notre construction européenne, aujourd'hui à la tête de la commission, Jean-Claude Juncker aiguise sa stratégie. Après une entrée mouvementée au Berlaymont, le président de la commission européenne n'en finit plus de nous surprendre. Cette semaine, le président nous a encore démontré son sens du protocole à Riga, accueillant le premier ministre hongrois Viktor Orban d'un « Salut le dictateur! », petite claque amicale de rigueur comprise. Anticonformiste, souvent décalé, il fait office de casque bleu, toujours disponible pour bâtir des passerelles là ou certains préfèrent dynamiter les ponts, l'ancien premier ministre luxembourgeois poursuit la mission d'un destin hors norme. Celui qui s'est souvent démontré comme la cheville ouvrière des relations franco-allemandes garde aussi le souvenir d'une stratégie maintes fois éculée. Ses plus proches collaborateurs le disent combatif « Comme le vieux chef sioux si rusé, il lève son doigt, vise le ciel, sent le vent tourner et tient toujours la hache à bonne distance du calumet! » souffle un membre de la commission. Pour notre JCJ national devenu l'ange gardien de la fée Europa, négocier est un devoir de tous les instants. Ne venez pas lui imposer vos idées, préférez le partage d'une réflexion ouverte et si possible constructive, les chefs d'états qui se sont essayés à jouer la verticalité gardent le souvenir amère d'un homme qui a des principes et n'hésite pas à le rappeler. C'est très certainement dans la vie de Jean-Claude Juncker qu'il faudra aller chercher cette force à ne jamais renoncer, souvent raillé, critiqué, parfois même conspué, l'homme encaisse les coups. Il faut dire que les attaques furent parfois très rudes, diriger un ''paradis fiscal'' (comme ils disent) s'est souvent avéré comme un enfer au quotidien, de ses fonctions de premier ministre du Grand-duché à la présidence de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a longtemps porté l'armure. « Ces ennemis lui font souvent les plus grandes louanges par devant, ses amis, eux préfèrent capitaliser sur des relations franches et directes, quitte à devoir déplaire, rarement plus longtemps qu'un certain mauvais quart d'heure. »

En bonne locomotive...

Aujoud'hui à Bruxelles, l'homme tente de conserver ses bons vieux repères, ses vrais amis sont moins nombreux que les lobbyistes qui phagocytent l'institution. D'ailleurs, il s'est empressé de revoir leurs attributions et « Nous recommande un usage modéré de ces pièces rapportées. » Bien lui en a pris, depuis de nombreuses années, les lobbyistes s'invitaient à tous les conciliabules, laissant parfois l'image d'une commission bis. Aujourd'hui, les défis sont importants, sans jamais le cacher, il nous dit que seule, la commission ne peut rien ou si peu, il instigue à qui veut l'entendre que le temps est bien celui de remettre l'Europe sur de bons rails! En bonne locomotive, le chrétien social s'inquiète d'un populisme passé du stade rampant à celui de grenade dégoupillée pour nos vieilles démocraties. Ses réponses sont multiples, sur le plan politique, il dénonce les facilités de l'amalgame et préfère capitaliser sur les valeurs fondatrices de la construction européenne, rappelant la feuille de route matricielle des pères fondateurs qui au sortir de la guerre, devaient se trouver une issue par le haut, c'est à dire entre paix et prospérité! Bien sûr, toujours et encore l'économie, « Le fameux nerf de la guerre qui reste dans tous les esprits de l'étage présidentiel de la commission, mais depuis l'arrivée de Jean-Claude, l'Europe sociale a enfin le droit de citer! Mieux, c'est une obligation... morale!» constate notre source. Si l'équilibre est réputé fragile, l'ambition est toujours plus grande pour suggérer des moyens identifiés comme trop souvent absents. Ce n'est pas faute d'y croire, « Le plan Juncker est souvent considéré comme insuffisant, que nous dirait-on s'il était davantage plus conséquent, alors qu'il peine toujours à se concrétiser. » Le repli sur soi est très certainement le plus grand défi de cette ''commission de la dernière chance'', comme l'avait prédit un certain Jean-Claude dès son élection. Une vue d'esprit, mais qui peut s'avérer comme le grand tournant de ce modèle souvent jugé à bout de souffle. Pour l'heure, le président active tous ses réseaux, depuis quelques mois, il ne compte plus les appels aux différents chefs d'état pour leur intimer « le bon sens que représente l'urgence ce plan d'investissement. » Porté par les premiers signes du retour de la croissance, il devrait pouvoir finalement s'imposer.


L'effet boomerang...

« Une situation internationale fortement contrainte, une Europe incapable d'organiser un modèle unifié de sa défense, tout comme la problématique du terrorisme et cet incroyable manque d'unité pour combattre la radicalisation toujours plus virale. » La gravité de la situation démontre toutes les faiblesses de la défense européenne, Jean-Claude Juncker soulignera les nombreux efforts de cette France « souvent seule aux avant-postes alors que l'Union compte 28 états! » Là aussi, il ne faut pas s'y tromper, l'Europe voit l'effet boomerang si longtemps promis, « Sur nos futures divisions, ils n'hésiteront pas à déconstruire! » clamait un père fondateur si cher au Luxembourg. Après le camouflet de la crise ukrainienne, Jean-Claude Juncker est à son tour « Critiqué sur cette Europe qui démontre tant d'impuissance dans sa gestion du drame des migrants africains! », là aussi, certains cèdent à la facilité, l'Union, c'est aussi le Conseil de l'Europe, la commissaire aux affaires étrangères n'est finalement que le porteur de la synthèse d'un message qui est rarement le fruit exact d'une véritable entente. « Il faut souvent anticiper, dans l'urgence, le rythme est différent, décider à 28 est un exercice complexe, parfois impossible! » L'espace Shengen, nom du petit village luxembourgeois de joyeux vignerons ou fût signé l'accord éponyme a plus que jamais du plomb dans l'aile, « Les conséquences des ratés y démontrent la limite de l'exercice avorté ''Frontex'', celui d'une organisation européenne inefficace pour ce qui est de l'épineuse gestion de ses frontières. » Aujourd'hui l'urgence est réelle, l'espace économique européen est perçu comme unique passoire d'un flux migratoire incontrôlé car difficilement contrôlable. « A mesure que les frontières se sont ouvertes, les esprits se sont refermés, le repli identitaire est un parfait creuset pour le populisme. La peur de l'autre est plus forte que le désir de rencontre avec l'autre. (…) Aujourd'hui, nous préférons limiter l'expérimentation à la définition d'un cadre toujours plus protectionniste, l'inconnu est un facteur de nouvelles peurs et tensions, les gens veulent se rassurer, face à l'urgence du drame, l'idée d'une Europe capable d'assurer une dynamique d'intégration pour se construire un avenir n'est plus de mise. » notre source nous expliquera le débat ubuesque et donc indécent des quotas. Les études sont formelles,  « L'Europe ne fait plus rêver, au pire, elle en deviendrait l'unique promesse d'un futur cauchemar! » soulignait l'étude récente d'un ami chercheur émérite en sciences politiques.

Le vent tourne...

Bien qu'affichant sa bonne volonté, « A ce rythme, Jean-Claude Juncker sait trop bien que son plan pour l'investissement ne portera ses premiers fruits que dans cinq à dix années! » autant dire que le citoyen européen devra s'armer de patience. Les banques sont les premières recapitalisées, à défaut d'une croissance suffisante, le citoyen lambda sera mis à contribution pour lisser le budget de son état. Là aussi, le président de la commission devra croiser le fer avec la BCE (banque centrale européenne) qui tout en appelant à l'orthodoxie budgétaire, libère comme jamais l'initiative pro-spéculative. C'est le grand défi de Jean-Claude Juncker, se rappeler d'où il vient, pour l'heure, pour ce qui est de la place financière comme ici à Luxembourg,« L'homme fait plutôt bien le job! », prolongeant son grand écart permanent comme à la belle époque de l'Eurogroupe, Super Mario s'en amuse toujours autant! Pour ce qui est des multinationales, la donne est bien différente, le vent tourne, des bruits annoncent de sérieux revers. Depuis l'affaire scandale du Luxleaks, certains s'intéressent aux détails du respect de la concurrence si chère à la commission pas moins au plus radical Parlement de Strasbourg. Comprendre ici que l'idée de faire passer les multinationales à la caisse suit son chemin, le fameux droit positif pourrait venir faire mentir certaines assertions. « Qui cherche trouve, vous en doutez? Regardez comment certaines multinationales changent subitement de stratégie, le vent tourne, et la tempête est proche! Une fois détricotée, la responsabilité d'un état ou celle d'une multinationale invitera une réponse proportionnée, le contribuable européen ne veut plus être la variable d'une pratique prétendue légale. Un raisonnement est une construction intellectuelle, son aboutissement trouve souvent sa meilleure réponse dans l'analyse objective de toutes ses conséquences, vous savez, en droit, on parle de lien de causalité. » Autant dire que certains pensent toujours pouvoir agir en tel sens, « C'est une posture qui gagne en ampleur. Il serait imprudent de ne pas y faire sens... » croit savoir ma source. Pour le président de la commission, même si la réponse se veut à la hauteur de la problématique, le choix assumé d'un ancien premier ministre d'un des états vertueux de l'application du cadre légal n'offre plus nécessairement la garantie de s'éviter certains écueils.  Bien sûr, des initiatives comme avec l'échange automatique des données relatives aux accords de rescrits sont un bon début, mais subsiste un risque sur l'ampleur de la réponse à donner. Jean-Claude Juncker se retranche sur ses promesses devant le parlement européen, il assure vouloir y faire sens, sur ce point sa parole est toujours intacte,'' légal n'étant pas forcément moral.'' L'homme n'hésite plus à reconnaître que sans jamais être un pré-carré à son pays d'origine, (28 état de l'Union pratiquent de façon plus ou moins assumée le rescrit fiscal) il faudra bien des réponses d'ensemble. Pour l'heure, le président de la commission peine à fédérer sur le plan d'investissement de la commission, l'effet de levier n'est visiblement pas encore correctement appréhendé. Il faut dire qu'entre gestion de la crise grecque, percée des populismes de tous bords, il est difficile d'imposer l'idée d'abonder vers des initiatives toujours plus fédératrices. A Bruxelles, les récents succès de l'extrême gauche du Podémos en Espagne ou celui plus discret de l'élection du nouveau président polonais, lui plus à droite, situations qui nous démontrent que l'Union renforce son risque de la géométrie trop variable. « Quand certains boutent les conservateurs, d'autres tutoient le populisme comme jamais, ajoutez le cas du Royaume-Uni et son futur référendum et tout ce que compte d'indignés notre vieille Europe, vous comprendrez que le mixe est politiquement explosif. (...) Jean-Claude Juncker va devoir créer du lien entre toutes ces réalités, à l'image de la Grèce, il parvient en général à s'éviter le pire. Le problème, pour combien de temps encore? » A jouer les avants-postes du Conseil européen, l'homme sera vite épuisé à la tâche.

''Jean-Claude a du ressort!''

Sur le plan national au Grand-duché de  Luxembourg, il se dit que le choix de regrouper trois questions si différentes dans un premier référendum le 7 Juin prochain lui paraît comme un test suicidaire pour... ses initiateurs. « Visiblement, l'idée d'un état moderne n'étant pas pour lui déplaire, à la condition que la modernité ne soit pas le renoncement à l'expression de toutes les réalités d'un pays qui en général, fort de son histoire, se choisit in fine le rythme de son évolution, c'est à dire en rien imposé avec une certaine verticalité clientéliste... » croit savoir notre source. En fait, Jean-Claude Juncker serait plutôt satisfait de voir son successeur Xavier Bettel se risquer à l'exercice, reste peut-être un goût amère sur la méthode. « N'en déplaise à ses opposants, l'ancien premier ministre luxembourgeois avait déjà largement préparé le terrain sur les fameuses questions sociétales pour s'éviter qu'elles deviennent un jour si fumeuses au niveau local .» On le voit, notre JCJ national fait souvent figure d'un sage, ancien homme d'état, (c'est un euphémisme dans son cas !) il peut encore donner certaines leçons à ses pairs qui visiblement ne s'y trompent pas ou plus: « Jean-Claude a du ressort! » me soufflait encore l'un d'entre-eux . « Même si le Phénix bat parfois de l'aile, il renaît toujours de ses cendres, dans son cas, l'exercice impose le respect! Ce fût et restera longtemps le cas... » Dont acte. Nous allons voir comment Jean-Claude Juncker défendra son plan d'investissement, quelles solutions seront retenues pour imposer une dynamique plus prégnante pour accompagner le retour de la croissance, le dossier grec, ou encore l'Europe dans les relations transatlantiques, et ce formidable défi de l'emploi sont aussi prometteurs. A suivre...

"Salut le dictateur..."


Ici une ''petite claque'' au protocole lors du sommet de Riga.
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