lundi 13 avril 2015

Luxembourg: Référendum du 7 Juin: Nous voulons rester ce que nous sommes!


Référendum au Luxembourg le 7 Juin: La devise nationale* "Nous voulons rester ce que nous sommes!"


Luxembourg le 13/04.2015

Didier REMER



- Êtes-vous d'accord pour accorder le droit de vote actif aux jeunes à partir de 16 ans? 
- Êtes-vous d'accord pour accorder le droit de vote actif à tous les citoyens résidents au Grand-Duché depuis au moins dix ans? (A la double condition particulière d'avoir résidé pendant au moins dix ans au Luxembourg et d'avoir préalablement participé aux élections communales ou européennes au Luxembourg .)
- Pensez-vous qu'il faille limiter à dix années consécutives la durée des mandats au sein du gouvernement? Voici donc résumées les trois (grandes) questions qui seront posées lors du référendum du 7 Juin prochain aux électeurs nationaux luxembourgeois. Ce référendum se veut comme le curseur de l'actuelle coalition gouvernementale ''Gambie" dirigée par Xavier Bettel (Centre droit avec socialistes et verts), entre initiative démocratique et réal politique, le résultat de ce référendum va nous éclairer sur les avancées sociétales du pays. Dans l'ensemble, si l'idée d'un référendum intéresse la classe politique locale, il s'impose comme une évidence dans le grand public pour ce qui est du choix des termes pour les questions qui seront posées le 7 Juin prochain. Un récent sondage RTL Luxembourg et le quotidien chrétien Wort confirme que 71 % des luxembourgeois soutiennent le principe de la consultation. (Cet édito est également disponible sur le site Warren.lu, site luxembourgeois d'informations financières, "Luxembourg banking, Investments et Finteh.") 


 Les grands devoirs existentiels...


La thématique la moins évidente est bien celle de voir des jeunes gens de 16 ans à disposer d'un droit de vote actif alors que la majorité civile est toujours à 18 ans, il est vrai qu'elle fût à 21 ans dans de nombreux pays! Ce point suscite certaines réserves , le problème n'est pas tant l'idée de faire voter à 16 ans, mais bien d'intéresser les plus jeunes sur les enjeux du pays. « Avancer cet âge devrait servir l'idée de responsabiliser dans le présent pour l'avenir. » nous dit-on dans les plus hautes sphères. Chacun pourra comprendre que cette orientation suppose un droit qui va en ouvrir d'autres, une boîte de Pandore que tous ne sont pas visiblement encore prêts à s'accorder! L'adolescence est aussi le temps des études, de la découverte de l'autre, pas nécessairement celui de l'anticipation des grands devoirs existentiels. Même si la maturité politique n'est pas liée au devoir civique ou celui de la majorité légale comme pénale, il y a une dimension morale que chacun doit pouvoir appréhender dans un cadre propice, il s'agit bien de l'éducation qui se doit préparer le futur citoyen! Poser une question avec une ambition louable sans préparer ce même citoyen aux élémentaires compréhensions civiques qui régissent la vie d'une nation peut s'apparenter à un exercice de clientélisme politique, c'est toute la problématique de l'exercice. A 16 ans, un jeune luxembourgeois dispose t-il de toutes les clefs utiles à une réflexion objective, son jeune parcours pourra t-il contribuer à lui donner si bonnes clefs? Chacun se fera son idée lors du vote...



Nous voulons rester ce que nous sommes!


L'autre grande question, celle qui risque de faire couler beaucoup d'encre d'ici au référendum du 7 Juin est bien celle du vote actif des étrangers. La proposition s'intéresse à tous ceux qui vivent au pays depuis au moins dix années à la double condition particulière -d'avoir résidé pendant au moins dix ans au Luxembourg et -d'avoir préalablement participé aux élections communales ou européennes au Luxembourg. Pour en être des acteurs permanents comme par le vote aux scrutins locaux au point que la notion d'implication puisse se poser avec un juste partage entre devoir et donc droit. Pour être tout à fait franc avec vous, avec de telles conditions, j'ai la plus grande peine à comprendre les réserves qui sont mises en avant par les opposants politiques du oui. Bien sûr, ils auront bonne conscience à nous rappeler que les intéressés qui disposent déjà d'un vote aux élections municipales ou européennes (ressortissants de l'Union européenne.) sont toujours dans la capacité de faire leur demande de nationalité luxembourgeoise, c'est à dire d'une naturalisation dans les conditions fixées par la Loi. [ Précision: Le résident étranger conservera la capacité de solliciter la nationalité après le référendum! ] Il y a une forme de protectionnisme qui s'érige en rempart face à certaines dérives que compulsent assez bien certains errements ou ratés de l'intégration. L'histoire du Grand-Duché est elle même très significative de la rencontre de ses différentes cultures matricielles, le fameux « Nous voulons rester ce que nous sommes! » ( " Mir wëlle bleiwe wat mir sin! ") n'enlève pas le besoin de se poser la juste question de savoir ce que, effectivement, veut encore dire... nous sommes. L'adage instigue de comprendre d'où l'on vient pour mieux comprendre ou l'on va.... « Aujourd'hui, le pays est dans une mutation qui force l'introspection, en arrivant de Paris en Tgv, les rares touristes qui viennent de la capitale française ne comprennent pas toujours la présence d'une communauté portugaise si prégnante dans notre quotidien luxembourgeois. (…) Très rapidement, ils remarqueront que cette communauté y est bien intégrée et fait aussi sens à la réalité de ce pays. Si le séjour se prolonge pour les touristes, ils comprendront la réelle mixité de ce territoire. Les américains sont eux-mêmes parfois surpris par cette communauté alors que le Portugal n'a pas de frontières physiques avec le Luxembourg, pour la place financière, ils comprennent davantage la présence de français, belges ou allemands qui font le gros du contingent pour y suivre leurs institutions financières très présentes. Aujourd'hui, le Luxembourg gagnerait à donner un signal clair à ceux qui font l'effort d'un choix tout aussi clair, vivre depuis au moins dix années dans le pays, c'est contribuer à son essor. » me souffle un ami Portugais présent depuis trente ans à Luxembourg. Permettre à ses résidents de participer activement au processus démocratique serait une logique reconnaissance pour tous ceux qui considèrent la démonstration d'une telle volonté d'intégration. En s'attaquant à l'idée d'une participation plus prégnante des résidents étrangers, les détracteurs en oublient de regarder la réalité de ces mêmes résidents! Elle est économique, culturelle, parfois même cultuelle. Les caricatures dressent trop souvent le portait de personnes en rupture, marginales et rarement ceux d'une exemplarité acquise à notre quotidien. La maîtrise de la langue luxembourgeoise est-elle aussi mise en avant dans la balance, un point qui suscite de vifs débats alors que cette obligation est imposée dans pratiquement tous les autres états de l'Union européenne, peut-être devrions nous instiguer le renfort d'une politique de l'éducation plus attractive en la matière, apprendre le luxembourgeois ne pouvant être réduit au seul concept hasardeux d'obligation contraignante ou punitive pour qui préfère conserver l'usage de sa langue d'origine. Partager une langue s'est aussi comprendre les clefs d'une culture, d'ailleurs une langue sans culture est réputée morte, le luxembourgeois est une langue de l'oralité adaptée, fruit de son histoire démontrant l'apport d'autres cultures et donc langages, certains linguistes évoquent à juste titre une langue de synthèse plutôt qu'une langue mère. Bien sûr, cette langue doit se faire une place dans l'éventail qui fait l'usage au pays, car chacun le comprendra, le lion Luxembourgeois n'a pas à rougir, le pays est réputé pour un usage plutôt bien maîtrisé des langues étrangères.


Macro économie d'un Etat souverain...

La question économique se doit aussi appréhendée avec réalisme, souvent cité en exemple pour sa politique salariale, le Luxembourg est bien moins évident d'exemplarité pour ce qui est du coût de la vie, on pensera au curseur du logement et donc du sacrifice que peut représenter un tel choix pour des ressortissants de pays moins dynamiques. Les exemples sont nombreux pour ce qui est des professionnels de la place, ceux qui ressortissants étrangers font un choix assumé de vivre au Grand-Duché s'en donnent les moyens, un effort qui n'est pas à négliger. Contribuer à l'essor économique d'un état carrefour de l'Europe sous tend une considération juste et objective de ses autorités, les ressortissants étrangers du Luxembourg couvrent une très grande part du PIB national, la plus large du genre au sein des pays de l'OCDE. Certains iront à conclure que les dépenses sociales ou structurelles sont en proportion, certes, mais elles contribuent à éviter l'érosion démographique des nationaux du pays. Cet équilibre est avant tout celui d'un échange de bon procédé, il offre l'avantage d'une intégration inclusive économique et donc toute aussi intéressante pour en être culturelle. Dans le secteur financier, cette pluralité est porteuse de contributions intéressantes, diverses, elles permettent l'édification d'un réseau actif qui permet des liens économiques à l'étranger. Il serait bien indélicat de jouer la carte d'un protectionnisme d'arrière garde alors que le pays est toujours un exemple en matière d'intégration, vivre au moins dix années au Luxembourg est bien souvent un exploit pour de nombreux résidents ressortissants étrangers, bien sûr, je ne pense pas aux plus nantis d'entre-eux. Nombreux sont ouvriers ou employés avec des revenus plus modestes que la place financière, ils font force de courage et bien souvent d'abnégation, éloignement familial, et peut être parfois depuis trop longtemps avec le sentiment partiel d'un certain isolement par les autorités. La question se doit posée avec hauteur de vue, ceux qui ramènent le débat à son plus bas niveau ne font pas l'effort d'une grille de lecture complète, dans nos professions, la macro économie d'un Etat souverain ne souffrant pas nécessairement d'un manque de réalisme. Le bilan comptable du pays comme avec l'édification de son budget de l'Etat ne passeront pas l'épreuve sans reconnaître que les ressortissants étrangers ne sont effectivement pas comptables des errements politiques de ce même Etat, ceux-ci sont boutés du champ politique pour ne pouvoir voter aux élections législatives, dont les députés sont les législateurs de l'unique chambre d'un système monocaméral sans aucun contre-poids...

      Un avenir serein...


Pour les résidents étrangers qui paient aussi l'impôt, les choix stratégiques, supra légaux, ou plus simplement politiques comme l'emprise des fonctionnaires dans les comptes de la nation peuvent aussi s'apparenter à des choix discutables. Là aussi, il sera opportun de ne pas déplacer le centre de gravité du coût du secteur public en l'opposant systématiquement au secteur privé, mais il me sera difficilement opposable que la majorité des fonctionnaires est effectivement composée de nationaux. J'insiste, en rien opposable si les fonctionnaires sont en souffrance par le manque d'une politique adaptée de l'Etat souverain en la matière. On pensera ici aux fameux ressorts de l'anticipation économique qui elle, restera acquise aux évolutions du cadre réglementaire international, on pensera aussi à la fiscalité, comme peut-être la gestion efficace de la manne sur les taxes de l'énergie fossile ou celle aussi lucrative du tabac avant de viser notre place financière. C'est bien la question du principe égalitaire qui pourrait faire du Luxembourg un Etat moderne en autorisant le vote aux élections législatives aux résidents présents et donc contribuables directs depuis au moins dix années. Cette question n'est pas un pré-carré spécifique au Grand-Duché, cette question est sensible, elle doit s'éviter une grille de lecture incomplète si chère aux tenants du nee (non). Tous les économistes qui s'intéressent au pays suggèrent une diversification de l'économie, avec la recherche, le développement de ses industries, je pense à la production, autant de capacités qui associées au renfort démographique des résidents étrangers devraient lui assurer un avenir serein. Justement, arrêtons-nous à cet aspect, quel serait le message envoyé à cette population étrangère résidente si d'aventure le non l'emportait? Comment le pouvoir politique parviendrait-il a nous expliquer les raisons d'un tel refus, quelle serait sa véritable responsabilité pour un signal perçu comme négatif pour les résidents étrangers impliqués dans le destin national? Sur ce point, le débat est ouvert, mais il devra se refermer avec ses conséquences, bonnes ou mauvaises.


      Organisation du Culte...


Enfin restent les deux autres questions, celle de la séparation ou du continuum entre l'Etat luxembourgeois et le Culte est finalement réglée par le parlement, faut-il que le pays soit dans l'obligation de payer le salaire des officiers du Culte, leur pension? Un débat ouvert qui promettait certaines vagues alors que le financement des édifices religieux, mosquées ou églises et autres temples est toujours remis en cause par certains caciques soit dans sa finalité ou l'interprétation juste qui doit être faite du rôle de l'Etat dans l'organisation du Culte au pays. Il s'agissait de comprendre s'il est effectivement recommandé de voir le pays gérer cette question pour s'éviter les errements de certains pays voisins qui perçoivent le risque toujours possible d'un financement douteux du fait religieux comme par des états ou intermédiaires réputés à haut risque. Le terrorisme s'étant lui aussi, invité dans la partition. Bien sûr, l'aspect économique est aussi valable avec la juste place de la tradition au pays et de la capacité financière propre à chaque culte. Sans se risquer à opposer ceux présents au pays, il faudra aussi s'intéresser aux capacités financières réelles de ceux-ci pour que l'effort soit en proportion et donc réalisé en sincérité. Cet équilibre est important, il le sera davantage quand à la pratique du culte, qui elle, ne doit pas s'éloigner de ses fondements comme pour servir des intérêts qui deviendraient contraires aux plus élémentaires respects d'une pratique religieuse dans un Etat de Droit en démonstration.


Le mérite...


Pour ce qui est de la dernière question, elle intéressera tous ceux qui s'étonnent toujours des fameux jetons de présence et autres avantages comme ceux des administrateurs de nos grandes sociétés financières. Après le Code de déontologie, nos amis politiciens souhaitent-ils montrer pattes blanches avant de s'intéresser plus pro-activement à nos pratiques du secteur privé? Certains le suggèrent. La question posée propose une limitation à dix années consécutives pour tous mandats politiques au sein du gouvernement, cette idée se veut comme la nouvelle garantie pour assurer un renouvellement de la classe politique, « Bien sûr, elle évitera aussi la sédentarisation de certaines personnalités dans les plus hautes sphères. » croit savoir un ami parlementaire. Gageons qu'un des plus anciens premiers ministres luxembourgeois Jean-Claude Juncker (Chrétien social)aujourd'hui éminent président de la Commission européenne  y percevra une ''spéciale dédicace.'' J'ai le souvenir d'avoir informé un de ses successeurs que l'expérience est aussi à considérer, résumer une carrière aux simples errements d'un entourage peu propice est une facilité, d'ailleurs il nous est pas encore démontré sur l'échiquier politique national que l'actuel ministre des affaires étrangères Jean Asselborn (Socialiste) soit la démonstration la plus évidente d'une urgence à limiter la durée de l'exercice dans le temps. Là aussi, chacun est en droit de mesurer le rapport compétences, popularité et pas moins mérite d'un ministre! Il faudra nous expliquer en quoi la limitation à dix années est plus pertinente pour un bon ministre en capacité que celle moins défendable d'une seule année pour un ministre qui à coup sûr par son inaction serait trop rapidement devenu sinistre pour un exécutif! Un bol d'air nous dit-on, mais il ne faut jamais faire l'économie d'une -bonne- expérience, on pourra comprendre qu'elle peut s'avérer rapidement précieuse dans certaines conditions. Avec la future présidence de L'Union européenne (Juillet 2015 et pour six mois), le Luxembourg aura encore besoin de certains talents... Le 7 Juin il faudra aux électeurs luxembourgeois nous dire comment ce pays devra évoluer, entre conservatisme éclairé et lumière du progrès, le référendum devrait pouvoir lui trouver un point d'équilibre.




*Devise du Grand Duché de Luxembourg: Mir wëlle bleiwe wat mir sin!, " Nous voulons rester ce que nous sommes! » 


    





















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