jeudi 22 janvier 2015

UE: La BCE Sort l'artillerie lourde du QE! Entretien exclusif avec Didier REMER rédacteur en chef du site "Finance Offshore".



Super Mario (Draghi) sort l'artillerie lourde!



LE 22/01/2014 Luxembourg: 
 
La BCE sort l'artillerie lourde, un bazooka, une décision historique pour l'avenir de la Zone euro, autant de qualificatifs pour annoncer l'initiative de la Banque centrale européenne (BCE). Emmanuel de Saint-Cyr vous propose un entretien exclusif avec Didier REMER, rédacteur en chef du site « Finance Offshore », histoire de faire le point sur cette décision cruciale jugée comme une action de politique monétaire inédite pour relancer la Zone euro.



Emmanuel de Saint-Cyr:  Le ''QE'' est un mécanisme technique qui joue avant tout sur la psychologie des marchés et des investisseurs. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette stratégie et donc instrument monétaire?



Didier REMER: "Agir de façon toujours plus concertée!"
Didier REMER: Il faut déjà comprendre ce que l'acronyme anglais « Qe » veut dire en bon français,  de l'anglais ''Qe''  pour ''Quantitative easing'' nous traduirons ''Assouplissement quantitatif''. Il s'agit d'une procédure non conventionnelle qui permet à la Banque centrale de racheter des titres de dettes. Pour grande part, ce sont des obligations souveraines, c'est à dire de la dette émise par les États. La BCE ne pouvant pas financer directement les États de la Zone euro, ou faire marcher en direct la planche à billets, elle ne peut en fait acheter que des titres existants qui sont échangés sur le marché dit secondaire. Cette procédure du Qe est pratiquée au Japon, Royaume-Uni et comme aux États-Unis sur initiative de la Fed.



EDSC: On parle d'un programme d'ampleur historique, en quoi cette décision peut-elle s'imposer comme une forme de révolution monétaire?

DR: Pour pouvoir parler d'un programme d'assouplissement quantitatif d'ampleur historique, il fallait une décision audacieuse agissant sur le long terme. Une capacité opérationnelle afin de faire sens à une révolution monétaire capable de valider une stratégie toujours plus efficiente. Un précédent existant, en fait la BCE devait annoncer entre 2010 et 2012 un rachat d'obligations souveraines de certains pays en crise comme la Grèce, le Portugal et l'Irlande sans compter le fameux programme OMT annoncé plus tard en 2013, mais finalement jamais utilisé. Ces deux programmes étaient circonscrits qu'à certains États pour faire baisser leurs taux d'emprunt qui ne pouvaient donc se voir considérés d'ampleur comme le « Qe » acté aujourd'hui par la BCE,  ce qui en fait une démarche totalement inédite.

EDSC: Justement, en quoi la démarche est-elle véritablement inédite?

DR: La Zone euo ne s'était jamais lancée dans une opération comme aux Etats-Unis avec la Fed ou donc  « Qe à l'américaine », d'abord parce que le Traite de Maastricht aujourd'hui transposé dans celui en vigueur de Lisbonne lui interdit toujours le financement monétaire des Etats. La BCE ne peut faire marcher la planche à billets pour financer les déficits des Etats membres, en fait à l'époque pour accepter et faire accepter aux allemands le passage à l'euro, comprendre ici que  l'Allemagne devait fixer cette condition pour renoncer à son Deutsche Mark alors plus puissante monnaie en Zone euro! Ce n'est pas un hasard si la justice européenne considère acceptable cet instrument monétaire que si et seulement il s'avère exceptionnel pour permettre à la BCE de sauver l'euro ou atteindre donc son objectif d'inflation de 2% à moyen terme, garant de sa stabilité. 

EDSC: Pour quelles raisons la BCE s'est-elle orientée vers ce choix et donc stratégie?

DR: Bien souvent, c'est l'urgence qui motive une telle décision d'ampleur, depuis presque deux années, l'inflation est à un niveau jugé particulièrement préoccupant, pour en être particulièrement très bas.  Mario Draghi, président garant du mandat de l'institution doit lui assurer des orientations en capacité de s'éviter une situation de déflation. La déflation porte à conséquence directe une diminution générale des prix qui par effet mécanique ou induction se transmet sur une baisse des salaires pour voir un risque d'affaiblissement généralisé de la croissance, en s'éloignant d'un taux seuil de 2%, c'est à dire en dessous, le risque est d'autant plus important. Chacun peut comprendre que la croissance doit être l'objectif de la Zone euro, elle est son principal moteur.  

EDSC: Si je comprends bien votre propos, la BCE veut éviter par tous les moyens une déflation avant qu'il ne soit trop tard?

DR: Je vais tenter d'être un peu moins alarmiste dans la mesure ou les bonnes décisions sont prises, d'ailleurs il n'est jamais trop tard pour bien faire. Mario Draghi et le board des gouverneurs centraux sont en alerte depuis que certains signes précis comme celui des prix suggèrent une intervention dite massive. Déjà en 1929, la déflation était un élément de la si mauvaise partie, aujourd'hui, le Japon est lui même encore confronté à cet aspect et ce depuis vingt ans! L'Europe n'est pas véritablement en déflation, mais comme la croissance reste son principal problème. Aujourd'hui avec la chutte des prix du pétrole on obtient un mélange explosif, si j'ose dire. En effet, nous percevons un net recul des prix dans le Sud de la Zone euro et ce depuis plusieurs mois, ce qui constitue une situation à haut risque. Certes nous avons quelques bonnes raisons pour considérer que la BCE mesure la situation à sa juste hauteur, tant pour son constat factuel que ce bilan d'étape pour des pays en plein processus de recouvrement de leur dette abyssale. Les initiatives comme le plan d'investissement de 300 milliards d'euros ou la refonte de la Commission européenne et des institutions devraient contribuer à un possible rebond pour la croissance. Sur le plan purement économique, c'est le paradoxe de toute cette situation, nous avons un pétrole moins coûteux aidant nos entreprises, un euro lissé, favorisant leurs exportations mais subsiste en Zone euro tout un ensemble de réformes structurelles macro-économiques qui font malheureusement encore cruellement défaut, je pense ici à sa compétitivité jugée inégale et donc en perte de vitesse. Ajoutez à cela les risques comme ceux si actuels liés à l'actualité du terrorisme ou de la politique avec certaines formes du populisme rampant, pas moins comme ceux d'une instabilité pour la Grèce qui risque de voir de profonds changements dans les prochains jours, nous avons sans mauvais jeu de mots, un cocktail clairement explosif!

EDSC: L'Allemagne ne semble pas vraiment en accord avec l'initiative de la BCE, pourquoi autant de réticence?

DR: En fait de réticence, la chancelière Angela Merkel souhaite pondérer les initiatives de la Banque centrale européenne en jouant la prudence. L'Allemagne n'a pas la même grille de lecture que l'institution de Francfort, elle craint à juste titre que certains états comme les plus fragiles économiquement parlant, ne soient déjà assez découragés pour ce qui est de leurs réformes structurelles en cours. Une analyse que je ne partage que partiellement, en fait, si nous conservons un bon rythme de réformes en Europe comme sur la compétitivité de nos différents agents économiques, on parviendra à rétablir de la confiance. Croire ou laisser faire croire que les états les plus en délicatesse ne souhaitent pas vraiment s'en sortir est une erreur. Il faut agir sur la méthode, le plan Juncker me paraît un élément moteur vers la conquête du retour à la croissance. Ces pays du Sud  du « Crédit crunch » c'est à dire enfermés dans la pénurie de crédit devraient pouvoir souffler un peu, notamment avec la perspective d'une dépréciation graduelle de l'euro qui entraînera mécaniquement un surcroît de l'offre de la monnaie attachée aux exportations vers les émergents. Donc pour répondre à votre question, pour ce qui est de l'Allemagne, l'euro retrouvant un niveau plus compétitif face au Dollar, les augmentations à l'export seront un apport substantiel à la première économie de la Zone euro pas moins pour la France. Notre problème c'est la croissance, pour être plus précis, c'est bien de notre capacité à agir de façon toujours plus concertée dans un ensemble qui se partage entre politique et économie. Il faut que nous soyons plus compétitifs, les réformes entreprises doivent se poursuivre, s'amplifier.



Pour aller plus loin, "Finance Offshore" vous invite à consulter le site du Wall Street Journal:

Cliquez sur l'image pour le lien actif.


Situation en cinq tableaux...




Le chômage est élevé...







...La croissance est faible et les gouvernements ne peuvent pas dépenser...







...Le bilan grandira...









...Inflation...









... et comment seront divisés les achats:







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2015 The Wall Street Journal. 











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