lundi 29 décembre 2014

Entretien avec Didier REMER, rédacteur en chef du site Finance Offshore!







Luxembourg le 27 12 2014, Entretien avec Emmanuel de Saint-Cyr:


Emmanuel de Saint-Cyr: Quel bilan pour cette année écoulée?

Didier REMER: Pour le site Finance Offshore, cette année 2014 était particulièrement dense, l'actualité étant particulièrement intéressante sur nos différents sujets de prédilection, l'affaire LuxLeaks est à l'origine d'une audience record pour le site, toujours premier du genre de l'espace francophone international et ce depuis 2007!

Si vous deviez définir l'année 2014 en un mot?

Paradigme, pour changement de paradigme. Le changement semble acquis pour la cause de l'optimisation fiscale. Les états se rendent compte que certaines pratiques ne sont plus acceptées par le grand public, les différentes politiques souvent proches de l'austérité sont lourdes de conséquences pour le quotidien du citoyen, il ne veut plus voir ses impôts augmenter alors que celui des principales multinationales de notre planète est ridiculement bas ou si peu élevé en proportion de la manne des profits ainsi réalisés. Aujourd'hui, les dividendes des actionnaires ne peuvent plus se calculer sans le respect des principaux clients de ces nombreuses multinationales. Nous sommes dans le temps de la justice fiscale, l'évitement fiscal en version Go fast n'a plus le droit de citer.

Les états sont-ils pour autant davantage exemplaires avec leur système d'imposition?

Rarement, ils sont contraints par des budgets ou la dette tient toujours une trop grande place, alors que pour diminuer cette contrainte budgétaire, seul le retour de la croissance durable peut contribuer à estomper si mauvaise situation. Un seul point de croissance pour un pays comme la France, permet la création de 750 000 emplois! Il faut donc se battre pour la compétitivité de nos économies, l'Europe accuse un retard certain dans ses réformes par rapport aux Etats-Unis ou encore le Canada, deux pays qui agissent sur tous les leviers utiles au développement économique.

De nombreux experts s'interrogent sur l'impact de de la nouvelle donne dans les énergies fossiles, faut-il craindre un déséquilibre généralisé du marché?

Il y a deux grilles de lecture, une très factuelle, qui permet à L'Europe en plus d'un euro lissé, de disposer à bon compte d'un marché du pétrole qui a perdu près de 37% de sa valeur nominale depuis juin dernier. Cet appel d'air permet des économies substantielles aux agents économiques et pas moins aux particuliers qui consommateurs, retrouvent un peu de pouvoir d'achat comme avec l'énergie. Les entreprises européennes sont enfin plus compétitives à l'export du fait de la politique des taux de la BCE (Ndlr: Banque centrale européenne.). L'autre aspect, et pas moins important, est le risque de déséquilibre porté par cette situation qui rebat les cartes. On peut aussi y intégrer les risques inhérents liés aux conflits actuels avec l'impact grandissant du terrorisme, vous obtenez un mix à haut risque. Les états ne doivent plus se voiler la face, il faut agir, inter-agir pour lutter contre l'obscurantisme qui touche à présent le coeur de nos cités en plus de certaines régions du monde. Je considère l'importation de ce terrorisme dans nos cités du monde occidental comme un fait hautement sensible, il est par ailleurs pris très au sérieux par les différents boards.

Cette fin d'année, la bombe LuxLeaks s'est invitée dans la partition, faut-il condamner le jeune français Antoine Deltour à l'origine de la fuite des documents utilisés par le consortium des journalistes ICIJ à l'origine du Luxleaks?

Je n'ai pas la capacité à commenter un procès en cours, cependant à titre personnel, la société PWC Luxembourg est en droit de défendre le respect strict des bonnes et donc logiques pratiques de confiance entre un employeur et un employé. Le rescrit ou Ruling Tax est une pratique légale, 22 états européens en font un usage plus ou moins assumé, M.Deltour affirme avoir agi de façon désintéressée et donc d'une certaine façon, comme un aviseur prétendu improvisé qui se voulait informer l'opinion publique. Son choix est donc personnel, pas moins sa méthode. Pour ma part, dans cette affaire, ce qu'il faut à présent clairement condamner ce sont des pratiques ubuesques de l'optimisation fiscale à l'échelle internationale, surtout quand elles pénalisent le budget des états. Il faut comprendre que la répartition doit se faire de façon équitable, un impôt juste doit être payé dans l'état ou se trouve le client final de ces multinationales, si tel n'est pas le cas, ce sont ces mêmes clients qui par ailleurs contribuables, devront logiquement payer le manque à gagner aux états avec des augmentations d'impôts toujours plus élevées.

PWC Luxembourg devrait-elle retirer sa plainte?

Je pense que cette décision leur revient, ils peuvent considérer que le mal est fait et que peut-être cet ex-employé ne représentant plus un risque systémique pour leur réputation, que toutes formes d'acharnement deviendraient rapidement contre-productives pour leur image à l'international. Un accord en forme de Gentlemen's Agreement me semble plus adapté, comprendre ici que M.Deltour devrait pouvoir aussi ne pas ou plus mentionner à mauvais escient son ex-employeur comme dans les médias et conserver néanmoins sa capacité à poursuivre son combat idéologique pour une équité fiscale renforcée entre multinationales et donc états. PWC doit prioritairement penser à ses clients, cependant si précautions acquises, PWC se grandirait peut être avec ce genre de position, mais il est clair que le Big Four dispose toujours d'une sécurisation de ses données clients et donc systèmes informatiques, elle ne peut être que d'avantage efficiente après si mauvaise faille que chacun doit cependant relativiser à sa juste hauteur. Pour me faire comprendre, c'est à dire en se refusant de faire grand cas de certaines assertions malveillantes contre la société qui tient à sa respectabilité dans un environnement particulièrement concurrentiel.

Vous seriez C.E.O de PWC Luxembourg, que feriez vous?

Très honnêtement, si M.Deltour le souhaite, je l'invite au restaurant et veut comprendre ce qui s'est mal passé dans notre société, son intégration, sa relation aux autres, c'est à dire mes collaborateurs à Luxembourg. Pour quelles raisons il a considéré que cette pratique légale et largement proposée par les autres Big Four du pays lui est ainsi apparue comme un pré-carré de notre société. Je pense utile devoir éclaircir ce point, si ma société conseille des gouvernements, institutions et donc les principaux agents économiques de la planète, je veux comprendre l'origine du Bug à cette échelle de responsabilité au sein du groupe, nous parlons ici d'un auditeur. Je sais par ailleurs, que cette pratique étant clairement légale, que la question morale doit pouvoir aussi se trouver certaines réponses, mon groupe ne pouvant s'inscrire que dans des pratiques qui font force à la loi, pas moins aux enjeux des futures réglementations dont nous contribuons largement à la réflexion et donc édification. PWC est une société qui pour en être une des plus efficaces de son secteur, se doit logiquement d'anticiper le changement de paradigme qui s'opère, le conseil est partie prenante de notre métier, à titre personnel, je considère toutes formes d'acharnement contre M.Deltour comme clairement inappropriées, je sais que certaines des plus hautes personnalités de l'Etat luxembourgeois partagent cette vision, mais à Luxembourg, le partage entre Etat et Justice est aussi une réalité, mon seul regret est peut être de voir encore un empressement pour juger M.Deltour alors que visiblement l'affaire Bommeleeër est loin d'être acquise en terme de résultat et qu'un syndicat de la magistrature exemplaire fait débat pour devoir faire cruellement défaut dans ce pays...

A présent, parlons Europe, la croissance européenne est en berne, Jean-Claude Juncker propose un plan de 300 milliards d'euros d'investissement, ce plan vous paraît-il réaliste?

Jean-Claude Juncker, président de la commission fonde logiquement beaucoup d'espoir dans ce plan. La banque européenne d'investissement (BEI) sera chargée de son montage et donc en partie de la ventilation opérationnelle du plan souvent jugé inférieur aux attentes qui tablaient plus sur 1000 milliards. Pour l'instant, on remarque que les demandes d'aides à l'investissement sont colossales, cependant la participation des états paraît encore bien inégale. La commission va devoir communiquer d'avantage pour bien expliquer le modus operandi de la structuration du capital, expliquer que chaque participation d'un état qui abondera le plan ne sera pas comptabilisée dans la dette, son impact sera donc réduit sur les comptes de chaque nation. Il faudra aussi expliquer l'effet de levier escompté, plus la participation des états sera large, plus le niveau de l'effet de levier sera élevé et donc visible, il sera profitable à la croissance européenne qui semble voir ses premiers signes de rebond. Je pense à ce point déjà évoqué dans cet entretien, avec l'exemple de l'apport de l'abondance du marché du pétrole, complété d'un soutien de la BCE assez constant.

Jean-Claude Juncker est-il le mieux placé pour promouvoir ce plan?

Il s'en défend souvent, ce n'est pas le plan Juncker, mais bien celui de la commission qui se doit retrouver son rôle de force de proposition, à titre personnel, je pense qu'il en deviendra rapidement le meilleur promoteur. Comme monsieur Juncker le précise, il faut mettre en place un triangle vertueux entre la consolidation budgétaire, les réformes structurelles et donc l’investissement. Sur l'aspect technique, une partie de ces sommes sera transformée en montants financiers qui permettront d’ériger un socle de garantie ou « garantie de première perte » afin que le capital privé s’investisse en Europe, car comme le comprend très bien M. Juncker, l'argent est bien présent, mais il dort toujours dans les banques. Et M.Juncker rappelle à ceux qui estiment que le capital de départ est trop modeste, qu'ils auront la possibilité de contribuer directement à la garantie. Selon lui, ils ont même intérêt à le faire, puisque cet apport sera neutre du point de vue de l’application du Pacte de stabilité. Deux milliards d’euros de plus, ce sera trente milliards de plus au service de l’économie grâce à l’effet de levier!

Pour de nombreux experts, l'effet de levier est clairement surestimé, quel est votre avis?

Je ne partage pas l'avis de certains de mes collègues, j'ai d'ailleurs eu une intéressante discussion sur le sujet avec un ami, membre éminent de la BEI, qui comme vous le savez, siège à Luxembourg. En 2012, la Banque européenne d’investissement (BEI) a vu son capital augmenter de dix milliards et cela a permis de financer des investissements de l’ordre de 200 milliards! Selon les études, y comprises extérieures aux organismes concernés, c’est donc un effet de levier compris entre 18 et 20. Celui prévu par Jean-Claude Juncker pour leur fonds d’investissement est raisonnable et me paraît bien calibré, il est de 15, ce qui correspond à une moyenne assez historique comme défendu par ses initiateurs. Ce fonds permettra de financer des investissements classés à haut risque contrairement à la BEI. Comme il disposera de cette garantie de première perte, le capital privé sera donc logiquement attiré par ce mécanisme, en fait c'est la signature de l'Europe qui permet un tel objectif, il ne faut pas oublier que si la croissance rattrape le mécanisme, on peut s'attendre à un effet logiquement d'autant plus multiplicateur. Il faut impérativement réorienter nos économies vers l'investissement et la définition de projets ambitieux d'infrastructures, les demandes des états sont importantes en la matière.


Les experts soulignent le manque récurrent de la compétitivité des entreprises en Europe, jugé comme un terrain inégal et peu propice à la croissance?

J'insiste souvent sur le point de la compétitivité, je suis assez content de la position du Luxembourg qui souhaite instiguer une réflexion plus grande vers le choc de la simplification administrative, monsieur Etienne Schneider, vice premier ministre et ministre de l'Economie renvoie à juste titre la commission pour qu'elle agisse rapidement et efficacement sur cet aspect qui pénalise nos entreprises qui subissent des contraintes toujours plus inacceptables. L'année prochaine, la présidence de L'Union européenne par le Luxembourg promet un débat salutaire sur cette question centrale de la compétitivité, un plan d'investissement européen sans un environnement propice à nos entreprises deviendrait rapidement un non-sens. Je sais par différentes sources à la commission que cet objectif est également dans les cartons de la commission Juncker, l'urgence étant jugée réelle.

Pour nos lecteurs qui vous découvrent, comment vous est venue l'idée de créer un site sur la Finance Offshore?

En 2001, j'étais étudiant à Paris, j'ai réalisé un ambitieux mémoire d'étude sur tous les centres de l'optimisation fiscale de notre planète, en fait, j'ai remarqué assez rapidement que le plafond de verre était proche. On ne peut plus concevoir une économie mondialisée dont la variable d'ajustement serait la course à l'évitement fiscal en version go fast. Je pensais que la réputation des places financières allait devoir passer vers un changement de paradigme, l'éthique avait une chance, à cette époque nous étions peu à le croire, cependant force est de constater que nous y sommes. Le principe de soft law gagne en ampleur, la confiance est une valeur, le risque de réputation est présent dans tous les esprits, aujourd'hui, la transparence va devenir la règle pour tous les acteurs du secteur. L'échange automatique est la norme qui s'impose à tous. Pour les banques, j'aime à le penser, le principal risque est donc celui des liquidités, c'est à dire le retrait des avoirs d'un client. Il faut développer une relation de confiance dans la durée, un mix intelligent entre offre de produits et qualité des services. A présent, les activités dans une vision à très court terme ne sont plus de mise, mieux, elles doivent faire fuir un potentiel client! Il faut donner sa confiance à un banquier qui respecte les lois actuelles tout en anticipant comment celles-ci vont évoluer, le cadre réglementaire international est dans une phase d'évolution sans précèdent pour ce qui est de son ampleur, pas moins la concentration du secteur qui s'opère assez logiquement dans un contexte de normalisation ainsi généralisée.

Pour 2015, comment voyez-vous l'évolution du site Finance Offshore?

D'abord un constat, l'histoire de notre site est liée à l'évolution du cadre réglementaire international, nous sommes assez bons clients des travaux de l'OCDE, du FMI, de nombreuses organisations et bien sûr des états qui comme avec le G20, impulsent un mouvement généralisé. Nous sommes nés avec l'amplification des pratiques de l'optimisation fiscale, contrairement à ce que peut suggérer notre nom éponyme de certaines pratiques, nous n'étions pas les plus ardents défenseurs de la finance offshore. Dans les esprits, la finance offshore renvoie aux paradis fiscaux, l'évitement fiscal, la mafia, et tout un ensemble de pratiques en mode assez borderline. Nos fidèles lecteurs ont rapidement compris que notre combat est ailleurs, informer, promouvoir et suivre les évolutions du cadre réglementaire, le combat était parfois âpre, inégal, les états qui pratiquent ce genre d'optimisation tenaient là un avantage substantiel et donc économique. La question qui s'est imposée à tous, comment doit-on construire un modèle économique qui se fonde sur autre chose que l'artifice, la captation de richesse par l'induction de certains déséquilibres et la perte de valeurs morales. L'éthique est une valeur montante, les états peuvent se construire un modèle ou chacun dispose d'une chance égale, c'est notre ambition.

Seriez vous un doux rêveur?

J'aime rêver, même si parfois j'ai la tête dans les étoiles, je fais aussi la part des choses, les pieds sur terre, je peux encore faire la différence entre une étoile filante et le reste... (Rires).

Vos voeux pour 2015?

Pour nos nombreux lecteurs de l'espace francophone international, santé et bien sûr bonheur! 2015 est une année qui s'annonce comme charnière, à titre personnel, pas moins collectif. Je pense que nous avons tous des défis à relever, pour ma part je préfère continuer à me tourner vers ceux qui ont des doutes que ceux qui souhaitent nous imposer des certitudes. Il faut rétablir de la confiance pour assurer l'avenir, l'économie, la finance tiennent une place centrale dans cet ambitieux projet, avec ouverture d'esprit, l'équipe Finance Offshore continuera modestement dans cette logique pour y contribuer avec résonance et donc bienveillance. 






Petit présent à nos fidèles lecteurs...
(Le 1/01/2015)


Chers amis, amies, c'était une première, comme de nombreuses autres capitales dans le monde, Paris proposait un spectacle pour fêter le passage à la nouvelle année. Un show visuel, projeté sur l'Arc de Triomphe et pour l'occasion les Champs Élysées avaient fait le plein. Des centaines de milliers de personnes sont venues assister à ce spectacle son et lumière d'une vingtaine de minutes. Voyez la vidéo HD de ce spectacle exceptionnel ici...






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Transcription de l'entretien: L Van Halphen.








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