lundi 6 octobre 2014

FMI-Banque Mondiale: Assemblées générales 2014 pour la croissance!


Christine Lagarde, FMI - Jim Yong Kim, Banque Mondiale: Assemblées annuelles 2014 pour la croissance! 


Le 6/10/2014- Cette année, l'opus des assemblées du FMI, Fonds monétaire international et du Groupe banque mondiale seront orientées croissance. Pour le FMI, il faut absolument trouver un élan pour dépasser la croissance médiocre alors que la Banque mondiale prônera la réduction des inégalités dans le monde. Des assemblées annuelles 2014 qui seront donc sous le signe de la réforme, pour s'en convaincre l'important catalogue des séminaires qui feront une large place à la confrontation des idées, convaincues de l'importance de poursuivre les nombreux efforts pour soutenir la croissance, les deux organisations supra-nationales vont devoir tirer un bilan qui s'annonce assez médiocre sur l'épineuse question de la croissance, souvent inégale, elle s'avère d'autant plus fragile ou précaire sur différents continents. C'est bien le Fonds monétaire international qui mesure l'impact des différentes politiques des états, souvent sollicité, le Fonds n'est que le médecin qui suggère une prescription, si les états le souhaitent véritablement, ils peuvent alors se conformer aux remèdes proposés, sur ce point, le conseil d'administration s'est largement prononcé pour les priorités toujours à défendre...


'' Dans cet esprit, les administrateurs reconnaissent que les priorités fixées en 2011 restent à l’ordre du jour. Simultanément, ils insistent sur la nécessité d’affiner, d’adapter et de renforcer la surveillance pour assurer son efficacité et sa pertinence dans le monde interconnecté de l’après-crise. En conséquence, les administrateurs avalisent les cinq priorités opérationnelles suivantes pour la période : i) risques et effets de contagion; ii) surveillance macro-financière; iii) conseils de politiques structurelles d’importance macroéconomique primordiale; iv) conseils éclairés et cohérents; et v) démarche de surveillance axée sur le client. Les administrateurs attendent avec intérêt le Plan d’action de la Directrice générale qui énoncera les mesures concrètes et leurs premières implications en termes de ressources pour faire avancer le travail dans ces domaines prioritaires.'' pointe le communiqué du FMI. 


Ces dernières années, l'impact des organisations supra-nationales s'est fait d'autant plus grandissant que de nombreux états peinent toujours à se conformer à l'exercice d'une politique de réformes économiques que d'aucuns jugeraient salutaires. La banque mondiale est aussi cet indispensable relais qui permet d'appuyer les initiatives de ces nombreux états en difficulté afin d'intervenir sur des projets qui par leur financement, trouveront un cadre efficace en s'appuyant sur la garantie des experts d'une institution par ailleurs trop peu connue par le grand public. La banque Mondiale intervient dans des projets inclusifs de la macroéconomie comme par exemple la création de supports aux politiques sociétales de l'éducation ou du droit humain, sans compter l'important volet du développement économique, support aux gouvernements, intermédiaire privilégié entre partenaires financiers publics et privés, la banque mondiale est une cheville ouvrière du développement économique mondial, l'agronomie, les infrastructures de communication, l'éducation et la recherche ou la santé, sont autant d'exemples qui placent la Banque mondiale au rang d'émulateur de croissance. Car de croissance il nous en faudra, les efforts conjoints du FMI et de la Banque mondiale s'orientent principalement dans cette direction, mais plus que jamais dans l'histoire des deux institutions, la notion durable gagne en ampleur.


Reprise et facteurs d'instabilité...

Au 21em siècle, le monde va devoir revoir certains modèles qui sont à bout de souffle, l'emprise de la financiarisation et de certains de ses nombreux effets pervers contribuent toujours aux nombreux déséquilibres qui persistent sur différents continents, les récents progrès comme ceux notables du G20 commencent à peine porter leur fruit, souvent incomplets ou imparfaits du fait de nombreuses résistances, les efforts sont limités dans leur effet positif qui peine toujours à s'imposer comme réelle valeur d'équité, nombreux états jouent toujours la montre d'un certain dernier pré-carré. Jamais dans l'histoire de l'après guerre qui devait voir naître l'organisation supranationale tels efforts auront marqué telles accélérations dans le besoin de construire de nouvelles règles pour accompagner la lutte contre les inégalités et préserver un cadre propice à la croissance. Dans les faits, les acquis sont faibles pour ne pas dire très fragiles, les états sont confrontés à des cycles de croissance particulièrement si faibles et une montée du chômage toujours plus inquiétante pour certaines zones. Même si certaines d'entre-elles devaient tirer la croissance mondiale à son culminant depuis l'origine de la SDN, des ralentissements sont encore visibles. Ajoutez les différents facteurs d'instabilité endogènes par l'expression nouvelle de certaines régressions comme la montée fulgurante de certains nationalismes ou la radicalisation du fait religieux toujours plus présente dans différentes régions du monde, vous obtiendrez l'explication des nouveaux facteurs qui contribuent à compliquer le besoin de préservation du fragile équilibre de l'économie mondiale. Le FMI parle bien d'une reprise, mais ne manque pas de souligner sa fragilité, c'est bien le défi qui se présente à la communauté internationale, accompagner la reprise en s'évitant les certains écueils d'un passé si peu lointain.


Dans le Rapport annuel, Mme Lagarde évoque le 70e anniversaire de la fondation du FMI:

«En 1944, les dirigeants mondiaux avaient à cœur de tourner définitivement le dos au chaos et au carnage de la guerre, et de construire un monde fondé sur la collaboration plutôt que sur le conflit, sur l’intégration plutôt que sur le repli sur soi. Le FMI repose sur le principe fondamental que la prospérité nationale passe par la prospérité mondiale.»


«La reprise est bien là, mais elle est encore trop lente et trop fragile, à la merci des aléas financiers. Des millions de personnes sont toujours sans emploi. L’incertitude a certes reflué, mais il est clair qu’elle n’a pas disparu.» Mme Lagarde ajoute que «pendant toute la durée de la crise et la période de redressement, le FMI a été, et continue d’être, un agent indispensable de la coopération économique» pour les pays membres.



Changement de paradigme...

Lors des assemblées générales à Washington, on pensera plus que jamais au besoin de préserver la démonstration de politiques dans l'ensemble toujours plus proches d'un système démocratique face aux nombreuses dérives autocratiques. Les récentes études démontrent que les déséquilibres actuels contribuent à la remise en question de nombreux acquis "celui d'un modèle aux prises d'un inévitable changement de paradigme.'' Les faits parlent d'eux-mêmes, sur la planète, alors que dans sa globalité, la faim dans le monde n'a jamais tant reculée, la paupérisation dans les états jugés riches gagnent en ampleur parfois jugée très inquiétante. Des études démontrent que les économies occidentales sont celles qui risquent d'être le plus confrontées à la difficulté de réorienter leur modèle. L'instabilité notoire sur le front toujours plus tendu des relations internationales est très certainement le plus grand défi des nations membres du club des grands acteurs de l'économie mondiale, elle-même victime de ses nombreux déséquilibres. Pourtant si le tableau paraît bien sombre, de nombreuses initiatives jugées alternatives se font jour, on pensera ici à ce nouveau vecteur de la durabilité qui tant bien que mal, s'impose dans le débat du concert des grandes nations.Très certainement encouragées par un climat politique propice qui s'attelle à la définition de nouvelles règles comme la réorientation des agents économiques vers des pratiques toujours plus éthiques, faisant cas des récents enseignements de la dernière crise financière internationale, une prise de conscience s'impose durablement. On pensera ici à l'amplification des multiples recommandations pour rendre responsables les acteurs comme certains agents économiques facteurs de certains troubles de l'économie mondiale.On note de solides espoirs pour l'édification d'un ''monde toujours meilleur'', c'est à dire enfin capable d'anticiper tout en gérant au mieux ses multiples contradictions, encore si nombreuses! Du G20, à l'OCDE, en passant par le FMI ou différentes organisations internationales connexes, pointe l'inévitable changement de paradigme, des réorientations politiques qui marquent donc une certaine urgence, elle est d'autant plus perfectible que toutes les problématiques laissées ''lettre morte'' dans le passé sont toujours récupérées par ceux qui instiguent ce déséquilibre au profit d'un intérêt si particulier. Un point toujours en totale contradiction avec les attentes toujours plus fortes comme celles si volontaires des réformes structurelles et donc adaptées à la définition de l'avenir et du progrès. Le FMI souhaite à juste titre poursuivre et donc renforcer sa politique de réforme de ses pays membres comme ceux à plus faibles revenus, c'est bien aussi de la capacité financière de l'organisation dont il faudra nous intéresser, les grands bailleurs de fonds se doivent amplifier leurs efforts, toujours et encore.


Appuyer les efforts de réforme...

''Dans le domaine financier, le FMI continue d’appuyer les efforts de réforme des pays membres dans le monde entier. Cette année, le Conseil d’administration a approuvé 21,5 milliards de dollars de financements en faveur des pays membres, auxquels s’ajoutent 220 millions de dollars de financements concessionnels en faveur des pays à faible revenu. Le Conseil a réexaminé certaines facilités, dont la ligne de crédit modulable, la ligne de précaution et de liquidité et l’instrument de financement rapide, pour s’assurer qu’elles continuaient d’apporter une aide aussi efficace que possible aux pays. Les pays membres ont aussi approuvé le transfert des bénéfices tirés des ventes d’or pour aider à répondre aux besoins de financement des pays membres à faible revenu au cours des années à venir.'' 

''Depuis le début de la crise, l’institution a fait bénéficier de formations tous les pays membres et fourni une assistance technique à 90 % d’entre eux, en les aidant à concevoir, mettre en place et consolider les institutions qui sont au centre de la réussite économique. Pour la quatrième année de suite, le FMI a accru son assistance technique, notamment en faveur des pays à faible revenu, et augmenté ses dépenses de formation. C’est dans le domaine budgétaire que la demande d’assistance technique est la plus forte, mais elle se développe dans toutes les régions. (…) Au cours de l’année écoulée, le FMI à mieux intégré la surveillance économique bilatérale et multilatérale, surtout par le biais de son Rapport sur les retombées extérieures et de son Rapport pilote sur le secteur extérieur, ainsi que des rapports transversaux. Il a apporté son concours dans des domaines tels que la politique budgétaire dans les pays avancés, les stratégies de croissance et les réformes structurelles dans les pays émergents, et les facteurs de vulnérabilité, la diversification et la transformation structurelle dans les pays à faible revenu. Il a aussi intensifié ses travaux dans des domaines qui ont des répercussions sur la stabilité et la croissance économiques, à savoir les inégalités, l’environnement et la participation des femmes à la vie économique.'' pointe le communiqué du FMI. 



Croissance durable...

Les assemblées générales 2014 du FMI et de la banque mondiale sont un carrefour essentiel qui permet cette grille de lecture sur les efforts à produire, ils sont nombreux, véritable bilan d'étape, ce symposium est aussi l'occasion de confronter les idées, véritable laboratoire, il offre une rare occasion de mesurer l'impact des politiques entreprises et ne manque jamais à l'exercice d'une forme assumée d'autocritique. La confrontation des expériences des différents états est un juste curseur des bonnes et mauvaises pratiques, bien souvent, il n'est de modèle exemplaire en tous points, les assemblées annuelles permettent juste de confronter les résultats et pas moins les stratégies, l'interdépendance imposée par une mondialisation en surchauffe offrant un champs réduit d'initiatives qui d'heureuses à malheureuses sont autant d'indicateurs pour entrevoir la définition de politiques toujours plus efficientes. Cette année, l'opus sera bien celui des idées, les réunions de travail seront denses, elles donneront toujours plus la parole aux initiatives, les intervenants viendront exposer leur réflexion sur les issues qui s'offrent encore à la communauté internationale, qui tant bien que mal, se doit toujours avancer. C'est en substance le message de la présidente du FMI, la française Christine Lagarde qui veut faire de cette occasion un rappel aux pays membres du fonds qui devront passer du stade de la stabilisation de leur économie vers une croissance durable, invitant au passage chacun des acteurs à se battre sans relâche pour l'édification de politiques capables d'intégrer la nouvelle donne qui s'opère, sans compter le besoin d'une solidarité toujours plus efficace pour tous ceux qui sont encore exclus du grand défi de la communauté internationale.


Pour comprendre...

Pour comprendre cet aspect, "Finance Offshore" vous propose le texte de la récente conférence de la directrice générale du fonds monétaire international invitée à l'Université de Georgetown aux Etats-Unis le 2 Octobre dernier. Devant un parterre d'universitaires et personnalités du monde économique, madame Lagarde,s'est livrée à un intéressant plaidoyer contre la médiocrité qui selon elle, touche encore trop souvent l'économie mondiale: "Aujourd’hui, notre principale tâche consiste à aider l’économie mondiale à monter en régime pour dépasser ce qui est jusqu’à présent une reprise décevante : fragile, inégale et menacée de toutes parts."... pour devoir conclure : "Il y a bien quelques nuages «gris», mais — en visant plus haut, en travaillant plus dur et en agissant ensemble  — nous pouvons aujourd’hui prendre un nouvel essor pour atteindre le ciel «bleu».''  Nous vous proposons l'intégralité du texte préparatoire de cette conférence, notez que la directrice générale ne fait pas l'économie d'une vérité, elle pointe ainsi un ensemble de défis à relever par la communauté internationale, de l'avis même de certains participants à la conférence, le FMI souhaite donner de sérieux gages aux nombreux défis que représente le nouveau multilatéralisme de l'économie mondiale.



Le défi pour l’économie mondiale : trouver un nouvel élan pour dépasser la nouvelle médiocrité

Christine Lagarde

Directrice générale, Fonds monétaire international
Université Georgetown, School of Foreign Service, 2 octobre 2014
Texte préparé pour l’intervention


Monsieur le Président DeGioa, je vous remercie de vos aimables paroles de présentation.
Je tiens également à remercier le Doyen Reardon-Anderson ainsi que les étudiants et les enseignants qui sont venus m’accueillir aujourd’hui.

C’est pour moi un honneur d’être reçue dans l’une des facultés de relations internationales les plus prestigieuses au monde, et dont la mission est de «contribuer à la paix, à la prospérité et au bien-être humain dans le monde en formant les générations futures de dirigeants mondiaux».

En 1789, les fondateurs de votre faculté étaient animés par une vision ambitieuse et durable. Mais ils ne pouvaient pas savoir, qu’il y a 70 ans, le FMI allait être créé avec les mêmes objectifs; certes avec des moyens différents. À l’évidence ce cadre est on ne peut plus opportun pour les propos que je souhaiterais partager avec vous.

Les couleurs de Georgetown, le gris et le bleu, qui ornent ce campus magnifique me font penser aux thèmes que j’évoquerai avec vous aujourd’hui : aux nuages «gris» qui couvrent l’économie mondiale, et au ciel «bleu» de la croissance et de la prospérité auxquelles nous aspirons tous.

Tel sera d’ailleurs le thème à l’ordre du jour lorsque les ministres des finances et les gouverneurs de banque centrale des 188 pays membres du FMI se retrouveront à Washington la semaine prochaine pour l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale. Ils traiteront aussi, naturellement, du rôle du FMI.

Tout d’abord, quelques mots sur le FMI et sa mission

Fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le FMI a aidé le monde à combattre un grand nombre de crises économiques — de l’Europe à l’Asie et à l’Amérique latine en passant par l’ex-Union soviétique, pour revenir à l’Europe. Au cours de cette période, il a aidé les pays émergents et les nations les plus pauvres à s’intégrer à l’économie mondiale. Dans la quasi-totalité des pays membres, le FMI a contribué à développer les capacités économiques et financières.

Ces dernières années, nous avons apporté notre concours pendant la crise financière mondiale, la pire que le monde ait connue depuis la Grande dépression. Ces derniers mois, nous avons fourni un soutien à l’Ukraine, aux nations du Moyen-Orient et aux pays d’Afrique de l’Ouest frappés par le virus de l’Ébola.

Aujourd’hui, notre principale tâche consiste à aider l’économie mondiale à monter en régime pour dépasser ce qui est jusqu’à présent une reprise décevante : fragile, inégale et menacée de toutes parts.

Ce sujet sera au cœur des préoccupations des dirigeants qui se réuniront la semaine prochaine. En effet, à bien des égards, l’économie mondiale a atteint un point d’inflexion.
Certes, la reprise est bien là, mais, comme nous le savons — et nous le sentons tous —, le niveau de croissance et d’emploi est tout simplement insuffisant. Il faut que le monde vise plus haut et fasse plus, agisse de manière concertée et soit à l’écoute des pays.
Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie qu’il faut mener des actions plus ambitieuses pour susciter un «nouvel élan» afin de dépasser cette «nouvelle médiocrité» qui assombrit l’avenir. C’est ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui.

Comme l’a dit un jour l’une des enseignantes les plus illustres de cette faculté, l’ancienne Secrétaire d’État Madeleine Albright : «Le meilleur discours est celui qui répond à toutes les attentes, qui nous fait rire, réfléchir, pleurer et applaudir — de préférence dans cet ordre!» En ce qui me concerne aujourd’hui, je voudrais surtout vous faire réfléchir — et, je l’espère, ne pas vous faire trop pleurer!

Je me centrerai sur deux sujets :

(i) Premièrement, l’état de l’économie mondiale — et le risque que le monde reste bloqué pendant un certain temps à un niveau «médiocre» de croissance; et

(ii) Deuxièmement, comment faire en sorte que tous les dirigeants «mobilisent l’élan» nécessaire pour doper l’activité mondiale et éviter la nouvelle médiocrité.
Je conclurai en décrivant ce qui constitue, à mes yeux, les deux axes prioritaires d’un nouveau «multilatéralisme» — comment galvaniser la coopération mondiale et le rôle du FMI.

En résumé, donc, trois M : croissance médiocre, mobilisation et multilatéralisme pour passer à l’action.

1. L’état de l’économie mondiale — une nouvelle médiocrité?

Procédons tout d’abord à un rapide bilan de santé de l’économie mondiale. Le FMI publiera la semaine prochaine la mise à jour de ses prévisions; je me contenterai donc aujourd’hui de dessiner les grandes tendances.

Globalement, l’économie mondiale est plus faible que nous ne l’avions prévu il y a six mois. On n’entrevoit qu’une modeste accélération pour 2015, car les perspectives pour la croissance potentielle ont été revues à la baisse. Les perspectives varient naturellement d’un pays et d’une région à l’autre. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques les plus frappantes de la conjoncture économique actuelle : chaque pays a ses particularités.
Parmi les pays avancés, le rebond devrait être le plus marqué aux États-Unis et au Royaume-Uni, modeste au Japon et le plus faible dans la zone euro, où, là aussi, il y a des disparités.

Ce sont les pays émergents et les pays en développement qui ont fait le plus gros du travail pendant la crise — ils sont à l’origine de plus de 80 % de la croissance économique mondiale depuis 2008. Emmenés par l’Asie, et la Chine en particulier, ils devraient rester des moteurs importants de l’activité mondiale. Pour eux aussi, toutefois, la croissance risque d’être moins rapide que par le passé.

Pour les pays en développement à faible revenu, dont ceux d’Afrique subsaharienne, les perspectives économiques s’améliorent. Dans l’ensemble, ils devraient connaître des taux de croissance supérieurs aux 6 % enregistrés l’année dernière. Cependant, étant donné que la dette s’accumule dans certains pays, il faut aussi qu’ils restent vigilants.
Enfin, au Moyen-Orient, les perspectives sont assombries par des transitions économiques difficiles et des conflits sociaux et politiques intenses.

Quelle conclusion en tirer? Six ans après le début de la crise financière, force est de constater que l’économie mondiale reste affaiblie. Les pays sont encore aux prises avec les séquelles de la crise, notamment un fort surendettement et un chômage élevé. Qui plus est, il y a encore des nuages menaçants à l’horizon.

Par exemple, la persistance d’une croissance faible. Pourquoi est-ce préoccupant? Parce que si l’on anticipe une baisse de la croissance potentielle demain, ce sont l’investissement et la consommation qui vont diminuer dès aujourd’hui. Une telle logique pourrait sérieusement freiner la reprise, en particulier dans les pays avancés, qui font également face à des taux de chômage élevés et une faible inflation. C’est le cas de la zone euro.
Autre ombre au tableau, la normalisation asynchrone des politiques monétaires dans les pays avancés pourrait avoir des conséquences dans d’autres pays du monde — et à l’inverse, par le truchement, à la fois, de l’impact sur les taux d’intérêt et les variations de taux de change.

En plus des nuages «économiques», des nuages financiers pèsent sur l’horizon. On craint que les excès du secteur financier ne s’accumulent, notamment dans les pays avancés. Les niveaux de valorisation des actifs atteignent des sommets sans précédents, tandis qu’on observe le phénomène inverse pour les écarts de taux et la volatilité.

Il faut aussi s’inquiéter de la migration des nouveaux risques de marché et de liquidité vers la finance «parallèle», ce segment moins réglementé et non bancaire qui se développe rapidement dans certains pays. Aux États-Unis, par exemple, l’activité bancaire parallèle pèse aujourd’hui bien plus lourd que le système bancaire traditionnel; en Europe, elle en représente à peu près la moitié et en Chine, elle correspond à 25-35 %; c’est le cinquième secteur bancaire parallèle du monde par son étendue.

Naturellement, les activités non bancaires peuvent compléter le secteur bancaire pour financer l’économie de manière importante. Néanmoins, leur opacité justifie non seulement d’exercer une vigilance accrue, mais aussi de redoubler d’efforts pour mener à terme la réforme du secteur financier, y compris en réglant le problème des institutions trop importantes pour faire faillite, en définissant un périmètre de surveillance approprié pour la banque parallèle et en veillant à ce que les marchés de dérivés soient plus sûrs et plus transparents.

Ces «nuages» économiques et financiers se doublent de risques géopolitiques, parmi lesquels :
  • la poursuite éventuelle de l’escalade à laquelle on assiste en Ukraine, qui pourrait perturber les cours des produits de base, les marchés financiers et les échanges commerciaux;
  • les évolutions politiques au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Asie;
  • une propagation de la flambée d’Ébola en Afrique, qui pourrait constituer un risque majeur à l’échelle régionale et même mondiale si des mesures appropriées ne sont pas prises de toute urgence.
Tous ces risques portent en germe d’immenses tragédies humaines; il faut bien sûr espérer qu’ils ne s’aggraveront pas, mais nous ferions preuve de négligence en nous contentant de les négliger.

2. Nouvel élan pour l’action

L’économie mondiale est arrivée à un point d’inflexion : elle peut avancer avec une croissance poussive, ce que j’appellerai la «nouvelle médiocrité»» ou elle peut corriger sa trajectoire et recourir à des politiques audacieuses pour accélérer la croissance, stimuler l’emploi et mobiliser ainsi un nouvel élan.

Le deuxième M. Comment mobiliser cet élan?

Pour commencer, nous devons mieux équilibrer notre panoplie d’actions, en faisant appel à la fois aux ressorts de l’offre et de la demande. Comme l’ont bien compris les célèbres joueurs de basket des Hoyas de Georgetown, on ne peut gagner qu’avec l’équipe au complet. Le travail d’équipe est indispensable et cela vaut aussi pour l’économie mondiale. Chaque instrument doit jouer son rôle pour parvenir à l’équilibre recherché.

La politique monétaire a largement soutenu la demande pendant la crise. Aux États-Unis, par exemple, l’assouplissement quantitatif décidé par la Réserve fédérale a contribué de manière très appréciable à la reprise. Mais agir dans le domaine monétaire ne suffit pas. En outre, plus les politiques monétaires accommodantes se prolongeront, plus le risque de favoriser les excès du secteur financier sera important. C’est un problème qu’il convient de surveiller et de gérer.

Comme je l’ai mentionné tantôt, il est tout aussi important de surveiller et de gérer les conséquences d’un abandon anticipé des politiques d’assouplissement — aux États-Unis par exemple — sur les autres régions du monde. Une approche graduelle assortie d’une communication claire de la part de la Fed est essentielle.

Il est aussi indispensable que les pays susceptibles d’être les plus touchés par la normalisation monétaire, en particulier les pays émergents, adoptent des politiques macroprudentielles appropriées. Le terme «macroprudentiel» désigne les mesures qui peuvent contribuer à prévenir les excès financiers et préserver la stabilité du système financier, comme les ratios minimaux de liquidité.

Revenons à l’image des Hoyas : la politique monétaire joue son rôle. Elle a toutefois besoin d’un appui plus soutenu de la part du reste de l’équipe — les autres politiques. Il y a trois éléments importants et interdépendants qui peuvent tous promouvoir plus de croissance et plus d’emplois : la politique budgétaire, les réformes structurelles sur les marchés du travail et des produits, et l’investissement public dans l’infrastructure.

Je les examinerai un à un :

(i) D’abord, une politique budgétaire propice à la croissance et à l’emploi.
Durant ces dernières années beaucoup de pays ont considérablement avancé pour réduire des déficits excessifs et maîtriser leur dette, autant d’acquis qu’il faut absolument préserver. Il y a cependant d’autres leviers que la politique budgétaire peut enclencher pour doper la croissance et l’emploi :
  • Le rythme du rééquilibrage et la composition des mesures budgétaires doivent accompagner l’activité économique dans toute la mesure du possible. Certes, les échéances et le degré de souplesse à appliquer doivent dépendre des particularités de chaque pays, et le FMI a accordé la priorité à cette question dans les programmes qu’il appuie de par le monde, de l’Afrique à la zone euro. Un rythme judicieux.
  • Des initiatives budgétaires bien ciblées peuvent également jouer. Je pense par exemple aux réformes propres à combattre la fraude fiscale, à rendre les dépenses plus efficientes ou à réduire la charge fiscale du travail. Une combinaison judicieuse.
  • La réforme des subventions énergétiques peut aussi dégager des recettes, que nous estimons à 2.000 milliards de dollars. Du reste, ces subventions profitent surtout, non pas au pauvres, mais aux populations plus aisées. Qui plus est, elles portent atteinte à l’environnement.
Autrement dit, une politique budgétaire propice à la croissance, propice à l’emploi et respectueuse de l’environnement peut aider. Elle ne peut cependant pas se substituer aux politiques destinées à éliminer les profondes distorsions qui existent sur les marchés du travail et des produits.

(ii) Ceci m’amène aux réformes structurelles qui sont déterminantes pour relever la productivité et la compétitivité et créer davantage d’emplois.

Que doit-on faire?

En premier lieu, il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de la tâche. Aujourd’hui, plus de 200 millions de personne dans le monde n’ont toujours pas d’emploi, et 75 millions d’entre elles sont des jeunes. En outre, les revenus ont, pour l’essentiel stagné, voire reculé, durant ces dernières années, hormis pour les 1 % les plus riches.
Pour impulser la consommation et l’investissement il faut une croissance robuste de l’emploi et des salaires. Nous devons notamment renforcer les marchés du travail.

Comment?
  • Au moyen de politiques actives du marché de l’emploi et de programmes de formation bien conçus, propres à accroître la demande de main-d’œuvre, notamment chez les jeunes. Des pays comme l’Allemagne, l’Australie et la Norvège offrent quelques exemples utiles; et
  • Au moyen de politiques destinées à accroître la participation au marché du travail, notamment en faveur des femmes. Au Japon, par exemple, un vaste effort a été engagé pour accroître l’offre de crèches afin d’encourager les femmes à travailler, et comme moyen d’atténuer les tensions du vieillissement démographique. Des politiques semblables sont à l’étude en Corée.
L’ouverture des marchés des produits et des services peut aussi renforcer les avancées résultant de la réforme des marchés du travail — un exemple étant les nombreuses professions réglementées — notaires ou chauffeurs de taxi — qui sont fermées à la concurrence dans beaucoup de pays.

Cela dit, ces mesures n’auront que des effets limités si nous n’améliorons pas le flux du crédit à l’économie. Il est indispensable d’instituer des régimes des faillites capables d’aider les banques et le secteur privé à gérer leur endettement — de manière à débloquer leurs bilans, afin que les flux de crédit reprennent et huilent les rouages de l’économie.
Là encore, pas de solution unique. Chaque pays doit élaborer les politiques correspondant à sa situation. Mais, quelles que soient les mesures spécifiques, toutes les nations se doivent de privilégier les réformes structurelles et l’investissement.

(iii) Les investissements publics dans les infrastructures revêtent une importance particulière. Pourquoi?

La crise a lourdement grevé la croissance et l’investissement, qui restent très en deçà de leurs tendances à long terme. D’après nos estimations, le PIB des pays du G-20 s’est situé l’an dernier 8 % au-dessous du niveau qu’il aurait atteindre. Le déficit d’investissement est encore plus flagrant — près de 20 % en dessous de son niveau tendanciel.
Dans les pays avancés, le stock de capital — aéroports, réseaux électriques ou informatiques — s’est restreint, car les investissements publics ont été systématiquement réduits d’un quart — tombant de 4 % du PIB dans les années 1980 à 3 % aujourd’hui. Faut-il s’étonner que le vieillissement des infrastructures cause tant d’inquiétude? Ici même à Washington, l’Association américaine des ingénieurs civils estime que 99 % des routes sont en mauvais état. Pour l’ensemble du monde, les dépenses d’infrastructures nécessaires sont estimées par certains spécialistes à 6.000 milliards de dollars pour les 15 années à venir. C’est un impératif évident pour beaucoup de pays, où les goulets d’étranglement et les obstacles aux transports et à l’approvisionnement en énergie sont généralisés et nuisent au développement.

Certes, l’ampleur des besoins d’investissement diffère d’un pays à l’autre — en fonction des déficits d’infrastructures et de la marge de manœuvre budgétaire. Et dans tous les pays, il est crucial de veiller à l’efficacité des dépenses infrastructurelles. Il est indéniable que cela peut doper puissamment la croissance et l’emploi.

Dernier point : d’après des estimations récentes — de la Commission mondiale sur l’économie et le climat — l’intégration de normes d’émissions plus faibles dans les investissements infrastructurels représenterait un surcoût minime (environ 4,5 %) du total des dépenses prévues. Des investissements efficaces — surtout à l’heure où les taux d’intérêt sont à un plus bas historique — peuvent donc être bons à la fois pour la croissance, pour l’emploi et pour l’environnement.

Conclusions à propos du nouveau multilatéralisme et du rôle du FMI

Nous avons donc évoqué la «médiocrité» de la croissance et la «mobilisation» nécessaire pour y remédier. J’aimerais en conclusion aborder le troisième «m», celui du multilatéralisme.

Nous avons eu au cours de cette crise plusieurs exemples concrets de ce que la coopération économique mondiale peut accomplir.

Le plus frappant a sans doute été l’action concertée des nations du G-20 — y compris pour étoffer les ressources du FMI — afin de conforter la confiance et de préserver le système financier mondial. Il y a quelques semaines, le G-20 a annoncé de nouvelles avancées dans l’élaboration de stratégies visant à doper au total la croissance à moyen terme collectivement de 2 % d’ici à 2018 — ouvrant des perspectives de plus de croissance et de plus d’emplois.

Le FMI a, bien sûr, été un foyer de coopération pendant les 70 ans de son histoire. Cela a continué au cours de cette crise.
Nous avons remanié notre panoplie d’instruments de prêt, notamment de manière à pouvoir fournir plus souplement des liquidités à titre préventif et ouvrir plus facilement une ligne de crédit en cas d’urgence. Nous avons créé des prêts sans intérêt pour les pays à faible revenu. Nous avons aussi considérablement accru notre assistance financière de par le monde — avec des engagements totalisant près de 700 milliards de dollars sur les 6 dernières années.

Nous avons engagé de nouvelles analyses et réflexions sur tout un ensemble de sujets fondamentaux : la gestion des flux de capitaux et le contrôle du compte de capital ou encore l’interconnexion croissante de l’économie mondiale et les retombées des politiques d’un pays sur les autres. Nous avons élargi le champ des études relatives aux effets négatifs des inégalités excessives sur la croissance, sur les répercussions budgétaires du changement climatique et — sujet qui me tient à cœur — sur le rôle des femmes dans la population active et l’énorme potentiel qu’elles représentent pour doper la croissance et les revenus.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que le service que le FMI fournit le plus à l’heure actuelle est le renforcement des capacités et l’assistance technique. Près de 90 % de nos 188 pays membres en ont bénéficié, de Maurice au Myanmar en passant par le Mexique. Nous avons aussi créé un cours de formation en ligne ouvert à tous (ce qu’il est convenu d’appeler un «MOOC»), avec l’an dernier près de 2.000 diplômés dans le monde entier.
Pour être efficace au XXIe siècle, il faut, bien entendu, que nous ayons suffisamment de ressources et que nous soyons représentatifs de la nature dynamique de l’ensemble de nos pays membres. À cet effet, l’immense majorité de ces pays membres a approuvé une réforme de la gouvernance du FMI : la réforme des quotes-parts de 2010. Nous attendons désormais l’assentiment de notre plus gros actionnaire — les États-Unis — pour bientôt, nous l’espérons.

Le FMI a 70 ans, et continue à s’adapter pour remplir la mission qui est sa raison d’être : préserver la stabilité en aidant les pays traversant des difficultés économiques et forger des solutions coopératives aux problèmes mondiaux. Pour vous et pour les générations à venir.
Comme j’aime à le rappeler parfois : «Ce n’est pas le FMI de vos parents ont connu» En fait, c’est le vôtre! Ensemble, alors que nous regardons vers l’avenir, nous pouvons peut-être nous laisser guider par les merveilleuses couleurs du pavois de l’Université de Georgetown : il y a bien quelques nuages «gris», mais — en visant plus haut, en travaillant plus dur et en agissant ensemble  — nous pouvons aujourd’hui prendre un nouvel essor pour atteindre le ciel «bleu».

Je vous remercie de votre attention.

Christine Lagarde

Directrice générale, Fonds monétaire international.


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