vendredi 12 septembre 2014

EIIL: Etat Islamique en Irak et au Levant, historique et financement!


L'EIIL veut sabrer la démocratie! Capture vidéo propagande EIIL. (© DR.)



Paris le 12/09/2014- Alors que différents états s'apprêtent à une opération offensive d'envergure pour contenir le groupe armé dit de ''l'état Islamique de l'Irak et du Levant'' à présent plus connu sous le patronyme d' ''EIIL'' ou par son acronyme en langue arabe Dahech, la question centrale de l'origine historique et du financement de ce groupe terroriste se pose à la communauté internationale. Étrangement, c'est dans le monde arabe que les premières inquiétudes s'étaient faites ressentir sur l'origine possible des fonds permettant la capacité opérationnelle de ce groupe armé dont de nombreux membres seraient issus géographiquement du monde occidental comme l'Europe ou même des États-Unis, ceux-ci y étant appelés à rejoindre le groupe djihadiste par différents relais.


Emprise territoriale...

Concrètement, l'organisation serait plus éclatée qu'il n'y paraît, le périmètre géographique d'intervention des nombreux groupuscules expliquant peut-être cet aspect. Pour comprendre, il faut déjà s'intéresser à l'origine même de la création du dit mouvement et mesurer l'ensemble des dérives liées à celui-ci. Selon les pays ou secteurs géographiques, les faits imputables au mouvement terroriste sont d'une intensité variable, de faits de guerre à crimes avérés pour en être parfois revendiqués médiatiquement par leurs auteurs. La communication du groupe est elle même diffuse, les services de renseignements sont obligés de faire force de légitime prudence pour authentifier tous les éléments présumés rattachés à l'organisation. La grille de lecture de la stratégie du groupe démontre des différences qui soulignent une organisation loin d'être linéaire, c'est à dire structurante ou acquise. Dans certains pays, le groupe ou ses affiliés limitent leurs actions à une forme d'emprise territoriale afin d'instaurer un État Islamique au Proche-Orient fondé sur leur interprétation de la Chariah, c'est à dire la Législation Islamique. Comme souvent dans tel cas, cette capacité auto-proclamée de certains leaders pour l'interprétation des textes religieux fait l'objet de multiples débats contradictoires au sein de la communauté de croyance composée pour grande part de Sunnites et Chiites expliquant le chiisme entre différents affiliés de la religion. Au niveau mondial, ses débats se heurtent à la volonté majoritaire d'un Islam modéré face à celle de différents groupes ultra-radicalisés instables et de portée inégale dans l'histoire. Même si les groupes les plus impliqués dans le Djihad s'en défendent pour prétendre intervenir au nom de la paix et donc la sauvegarde de leurs frères par la volonté de la création d'un Etat Islamique, ils sont répertoriés au rang de groupes radicaux d'activistes voir purement terroristes par certaines de leurs méthodes et les résultats concrets des conséquences effectives acquises à leur présence sur certains territoires et donc leur population. Aujourd’hui, de violents affrontements opposent trois coalitions rebelles à l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Les rebelles syriens se sont ainsi unis pour chasser ces djihadistes radicaux afin de reprendre le contrôle des différentes zones tenues par ces combattants mais aussi, selon les experts, pour retrouver un capital de sympathie auprès des Occidentaux qui ont suspendu leur aide. Une série de meurtres et d'enlèvements attribués par les militants à l'EIIL depuis l'été 2013 ont poussé des bataillons insurgés à déclarer une guerre ouverte au groupe extrémiste.


Géopolitique...

Au niveau géopolitique, la zone d'influence de l'organisation de L'Etat Islamique en Irak et du Levant s'étend du nord de la Syrie, dont le quartier général présumé  un temps à Raqqa et ce jusqu'au centre de l'Irak. Le conflit en Syrie a mobilisé d'autres groupuscules qui agissent dans le monde occidental, essentiellement pour capter des volontaires et enrôler des présumés-islamistes intégristes pour s'inscrire dans une démarche hasardeuse présumée en référence du Djihad. La menace terroriste de ces groupes est régulièrement jugée hautement crédible en Europe et aux Etats-Unis, les relais font l'objet d'une propagande inclusive, captant de nombreux jeunes ou personnes souvent en rupture dans le monde occidental.  Selon différentes sources du renseignement, l'organisation profiterait de la confusion du conflit larvé en Syrie pour attirer des personnes logiquement sensibles à la cause de peuples amis, eux-mêmes premiers et donc véritables victimes de cette situation conflictuelle de la guerre en Syrie. L'inflexibilité du président Bachar el-Assad, la répression sanglante sur de nombreux civils dont des enfants innocents et l'incapacité notoire de la communauté internationale pour contribuer à l'instauration d'une paix équitable pour faire co-exister les différentes communautés présentes en Syrie pouvant expliquer les différentes dérives Djihadistes qui entourent actuellement ce conflit. On pensera ici à la récupération d'un conflit qui par extension s'étend à l'ensemble du Proche-Orient., l'Irak ayant les plus grandes peines à se trouver une issue constructive après les épisodes de ces différentes guerres, les attentas y sont d'autant plus fréquents, et la présence de L'EIIL et certains groupes résiduels d'Al Qaïda renforce ce climat permanent de défiance. Dans cette région, chaque espace occupé par l'effet de la guerre est systématiquement revendiqué par la galaxie de L'EIIL et consorts...



1915: Les accords ''Skypes Picot" définissaient 5 zones...
  1. zone bleue française, d'administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;
  2. zone arabe A, d'influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;
  3. zone rouge britannique, d'administration directe formée du Koweït actuel et de la Mésopotamie ;
  4. zone arabe B, d'influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;
  5. zone brune, d'administration internationale comprenant Saint-Jean-d'AcreHaïfa et Jérusalem. La Grande-Bretagne obtiendra le contrôle des ports d'Haifa et d'Acre

Les accords ''Sykes Picot''...

La symbolique utilisée par les stratèges de l'organisation consiste à effacer les frontières issues du colonialisme franco-britannique liés aux accords ''Sykes Picot''. Ce point est important, en effet, les accords ''Sykes-Picot'' sont des accords secrets signés le 16 Mai 1916 entre la France et la Grande-Bretagne avec l'accord des Russes et des Italiens, l'objectif étaient de contrer les revendications Ottomanes tout en contrôlant les zones d'influences entre ces différentes puissances. Au sortir de la guerre s'est donc opéré un partage du Moyen-Orient dans un espace compris entre la mer Noire et la mer Méditerranée, la mer Rouge et la mer Caspienne. La lecture attentive de la carte de ces accords démontre que l'indépendance promise aux Arabes était relative tout en étant assez précurseur des actuelles complications. Le Moyen-Orient étant découpé en 5 Zones administrées par autant d'Etats différents qui souhaitaient pouvoir contenir et donc soutenir différents peuples Arabes sous l'arbitraire Ottoman. Les Etats-Unis refusèrent cette idée d'une administration en 5 Zones administrées, le président Wilson mettant en avant l'argument de l'autodétermination des peuples, rendant au passage l'argumentaire actuel de certains présumés leaders de L'EIIL comme clairement erroné sur le rôle effectif des américains sur les accords ''Skykes-Picot''.Les américains souhaitaient s'en remettre à la société des Nations pour organiser une consultation des peuples concernés avec l'espoir de consolider l'autodétermination. L'impact des bénéfices pétroliers grandissant, les compagnies pétrolières agissant en Cartel, un partage était déjà envisagé pour conserver un relatif équilibre entre les différentes minorités religieuses tout en s'assurant la prospérité. L'application des accords fera face à de multiples oppositions, bien que des mandats fermes de différents pays arabes viendront conforter ceux-ci, la configuration de la nouvelle géopolitique naissante reposera sur un équilibre logiquement fragile. L’accord ''Sykes-Picot'' devant rapidement faire face à une double opposition: la révolte Kémaliste en Anatolie en opposition au traité de Sèvres ainsi qu'à l'installation des pouvoirs arabes du Chérif Hussein et de ses fils comme à Damas que l'accord rattachait à la domination française. C’est donc par les armes que cet accord sera finalement concrétisé avec d'abord un premier recul en Anatolie, aussi s'ensuit une lutte contre Fayçal pour lui faire quitter Damas, ce qui sera fait, les Anglais l'installant sur le trône irakien. L’accord est entériné et légalisé avec un mandat en bonne et due forme de la SDN lors de la Conférence de San Remo. La France reçoit donc mandat du Liban et de la Syrie, la Grande-Bretagne de l'Irak agrandi de Kirkouk cédé par les Français en échange d'une participation aux bénéfices pétroliers de la région, de la Transjordanie et donc de la Palestine. L'EIIL, en revendiquant la création d'un Etat Islamique, fait force d'un postulat d'une rare prétention, celui ne tient pas compte des différences historiques séculaires entre différents peuples Arabes, même si l'empire Ottoman devait être dépecé au sortir de la guerre, jamais tel plan ne peut s'imposer par la force, l'histoire démontre bien la limite de ces découpages par l'arbitraire dans le passé, pas moins dans le présent. Les peuples qui tant bien que mal, co-existent dans ce large territoire sont certes tous issus de l'échec de la création d'un grand royaume Arabe comme peut-être celui un temps promis au Chérif Hussein de la Mecque en 1915 comme par les Britanniques, mais déjà à cette époque, la coalition des alliés voulait surtout éviter l'arbitraire des Turques, le pouvoir Ottoman lui même largement contesté par les différents peuples pourtant largement majoritairement arabes. Ce n'est pas faire cas du réalisme politique de la situation actuelle de cette région du monde, l'instauration d'un État sans armée conventionnelle, sans médiation, sans même le respect des plus élémentaires lois de la religion fait force d'un obscurantisme des plus inappropriés et par ailleurs en contradiction avec l'objectif prétendu. Pour s'en convaincre, il faut à présent s'intéresser à la géographie de la zone ciblée à cette fin. Ce sont les seuls champs pétrolifères qui sont pour grande part visés. La situation fragilisée de l'Irak s'est avérée rapidement comme un objectif, loin d'être duppes, les Arabes sont eux-mêmes en profond désaccord sur la grille de lecture des leaders de l'EIIL. AL-Qaïda, l'organisation s'est assez rapidement désolidarisée de l'EIIL pour faire rupture avec Abou Bakr al-Baghadadi en avril 2013, chef de l'Etat Islamique en Irak, bouté par le Front Al-Nosra, cette branche d'AL-Qaïda active en Syrie que souhaitait voir à ses côtés le leader de l'EIIL. D'ailleurs le chef d'Al-Qaïda Aymane Al-Zawahiri officialisera cette rupture en lui demandant de quitter la Syrie, les deux groupes et certains membres de l'EIIL se feraient encore la guerre en Syrie. Des électrons libres, anciens combattants au profil de mercenaires de différents états dont ceux du printemps arabe ou des armées irakiennes, libyennes voir certains iraniens radicaux viendraient gonfler les rangs de l'EIIL. 

[Source: Carte ©Wikipédia, divers,  tous droits réservés.]


Financement...


D’une start-up à une multinationale! titrait l'article d'Europe1 du 17 juin 2014:  

Il y a trois ans, l’Etat islamique en Irak et au Levant n’était qu’une start-up du terrorisme islamiste. Aujourd’hui, les finances de ce groupe djihadiste ont de quoi rendre jaloux des pays comme la Moldavie ou la Centrafrique.

Les services de renseignement irakiens ont récupéré une mine d’informations sur les finances de l’EIIL. Dans la cache d’Abdoulrahman al-Bilawi, un cadre du mouvement, près de 200 clés USB ont été découvertes, renfermant notamment des informations inédites sur l’état de leurs comptes.

Arsenal récupéré chez les Djihadistes.© Reuters


Un officiel irakien a déclaré au Guardian qu’à "la fin de la semaine, nous avons réalisé que nous devions faire leur comptabilité", a-t-il déclaré. "Avant Mossoul, leurs liquidités et actifs s’élevait à 875 millions de dollars (646 millions d’euros, ndlr.). Après, grâce à l’argent dérobé dans les banques et la valeur du butin de leurs pillages, ils pourraient ajouter 1,5 milliards de dollars (1,1 milliards d’euros, ndlr.)" a continué l’officiel. Soit 2,3 milliards de dollars (soit 1,7 milliards d'euros). Selon le,International Business Times, l'EIIL est désormais "le groupe terroriste le plus riche" du monde. (...) [Source: Europe1, Tous droits réservés.]

Colonne de véhicules avec troupes EIIL (© Sipa, Dr.)

Cet aspect du financement est considéré comme central, l'équipement se résume à des prises de guerre, un matériel jugé obsolète par rapport à celui d'une armée conventionnelle. Composé essentiellement de véhicules tout terrain, l'armement est composé de kalachnikovs, fusils mitrailleurs de conception soviétique, et quelques lances-missile ou roquettes courte portée, des chars mais rarement avec des munitions en quantité opérationnelle. Il n'est pas démontré que le groupement dispose de personnels adaptés à leur utilisation. Véhicule lent, il n'est pas de l'arsenal habituel de l'EIIL, les troupes se déplacent dans des véhicules légers adaptés aux situations de repli, les véhicules à nomenclature civile sont souvent utilisés pour se fondre dans le flot des réfugiés ou civils. Le financement fait l'objet de larges spéculations, la prise d'otages serait plus rentable que la prise de réserves d'hydrocarbures, clairement invendables, tous les sites sont sur surveillance extrême du fait des conflits. Les services de renseignement évoquent la prise de réserve d'or dans des banques de pays ''visités'' comme la banque de Mossoul, étrangement tous ces fonds disparaissent aussi vite que ceux qui s'en sont appropriés... 


Combattants de L'EIIL en parade. (Syrie.)  (© Dr)


Un vrai problème!

M. Yves BONNET, ancien directeur de la DST* (Direction de la surveillance du territoire français) suggérait déjà dans une tribune au journal ''Le Monde'' en 2012,  "Il y aussi le problème de l'argent qui est alloué par des pays salafistes". "On n'ose pas parler de l'Arabie Saoudite et du Qatar, mais il faudrait peut-être aussi que ces braves gens cessent d'alimenter de leurs fonds un certain nombre d'actions préoccupantes, déclarait-t-il. Il va falloir un jour ouvrir le dossier du Qatar, car, là, il y a un vrai problème. Et je me fiche des résultats du Paris-Saint-Germain." (...) Une cellule islamiste radicale a été démantelée samedi et l'un de ses membres, un Français de 33 ans de la communauté antillaise, a été tué à Strasbourg après avoir ouvert le feu sur des policiers venus l'interpeller. Onze personnes, toutes françaises, étaient en garde à vue lundi. "Côté renseignement, ce type de réseau est beaucoup plus difficile à identifier, car là on à faire à des gens qui sont des convertis (...). Ils sont beaucoup plus difficiles à cerner", commente M. Bonnet. Selon lui, il faut "s'intéresser à ces milieux de jeunes délinquants qui sont à la marge. (...) Si la police veut être efficace, elle va devoir travailler en profondeur ces milieux, liés principalement à la drogue. Cela passera essentiellement par l'infiltration". (*L'ancienne DST a fusionné avec la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). )


''Guerre par procuration...''

Pour s'en convaincre, un décret du Roi Abdallah d'Arabie saoudite stipule que tout engagement dans une organisation extrémiste sera désormais passible de 5 à 30 ans de prison; démontrant au passage que de nombreux jeunes du pays sont allés gonflés les rangs de certaines organisations comme L'EIIL. Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon 2 et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, dans un entretien au site d'information ''Atlantico'' (France, février 2014), il devait préciser:''La jeunesse saoudienne connaît un profond malaise, les uns sont des consommateurs en puissance qui profitent de la rente pétrolière, les autres refusent ce modèle consumériste et trouvent leur salut dans l’Islam radical. Le Jihad (la guerre sainte) en Syrie est devenu une cause mobilisatrice pour une partie d’entre elle. Cela inquiète la monarchie qui se méfie du potentiel de déstabilisation politique de cette frange de la population radicalisée qu’elle a contribué a formé dans un système scolaire particulièrement réactionnaire qui produit des islamistes en puissance.'' (...) ''Les clans saoudiens soutiennent les rebelles syriens, certains n’hésitant pas à financer Jabhat Al Nosra ou ses succursales, telle que Jaich al Islam, très présente dans la périphérie de Damas. La guerre en Syrie est une façon de montrer sa force au sein de l’appareil saoudien par groupes rebelles interposés. Le conflit récent entre les rebelles est en partie le fruit de la guerre par procuration que se livrent les différents clans de la famille royale saoudienne. La loi promulguée par le roi Abdallah viserait ainsi à affaiblir un des clans concurrents. Je pense notamment à celui dirigé par Bandar ben Sultan, ancien ambassadeur aux Etats Unis (1983-2005) et puissant chef des services de renseignement. Ce dernier est frustré d’avoir été écarté de la succession du fait de la couleur de peau de sa mère, une servante noire, malgré ses capacités intellectuelles.'' Selon les estimations des experts, l’EIIL compte 5000 à 6000 combattants en Irak et 6000 à 7000 en Syrie, la plupart sont des anciens combattants ou des jeunes recrutés en Occident voir même aux Etats-Unis. En France on annonce environ 500 à 800 le nombre de djihadistes partis en Syrie. Ces derniers utilisent souvent le même parcours, via la Turquie, arrivés en Syrie, ils sont pris en charge par des français déjà présents, puis font un entraînement sommaire par des anciens combattants, maniement des armes, techniques de combat, l'opus d'intégration est jugé sommaire par les experts, ''...pouvant contribuer à mettre en réel danger des profils visiblement inadaptés.'' Pour financer sa guerre, l’Etat autoproclamé peut aussi puiser dans des réserves naturelles non négligeables. Il disposeraient de 20% des réserves en pétrole du sol irakien et 40% des ressources pétrolières syriennes, là aussi les services du renseignement s'intéressent aux différents moyens mis à disposition pour permettre la vente, et donc le transport des hydrocarbures...

Parade de jeunes enrôlés de l'EIIL, Syrie. (© DR.)

Urgence...


A présent et pour conclure avec L'EIIL, voici un excellent article relatif à l'évolution des forces en présence, Jean-Paul Burdy est maitre de conférences à Sciences Po Grenoble, chercheur associé au GREMMO de Lyon. Cet article trace ici les premières conséquences géographiques et politiques des combats actuels. Cet artcile vous permettra de comprendre les différents antagonismes liés aux chiites et Sunnites... 


Après l’offensive de l’EIIL en Irak du nord qui a permis à l’organisation radicale sunnite de prendre le contrôle de la ville de Mossoul (cf. notre édition du 11 juin 2014 et du 13 juin 2014) et alors que le gouvernement de Bagdad appelle les chiites irakiens à la riposte, il est intéressant de revenir avec Jean-Paul Burdy (maitre de conférences à Sciences Po Grenoble, chercheur associé au GREMMO de Lyon) sur les premières conséquences géographiques et politiques des combats. Et ce d’autant plus qu’elles peuvent provoquer une évolution surprenante des équilibres stratégiques dans la région, l’Iran ayant notamment, le 14 juin, proposé son aide aux Etats-Unis s’ils décidaient d’agir contre EIIL en Irak.
Jean Marcou (OVIPOT)

Dix ans après la calamiteuse intervention américaine en Irak, dont on n’a sans doute pas fini de mesurer les effets déstabilisateurs dans toute la région, plusieurs scénarios de recomposition doivent être envisagés à partir de l’offensive de l’EIIL au Nord-Irak, dont on lit déjà des pistes ces dernières heures:

1-  l’esquisse, sur la carte du jour, d’un “Sunnistan” radical à cheval sur la Syrie et l’Irak qui, à défaut de  rétablir un califat dont certains musulmans sont orphelins depuis 1924, remet potentiellement en cause les frontières mandataires tracées au lendemain de la Première guerre. Et ce, même si l’EIIL reste fondamentalement une organisation irakienne, largement issue du démantèlement irresponsable de l’Etat baasiste -mais Etat irakien- par le proconsul américain Paul Bremer en 2003-2004. Toutes proportions gardées, on en arrive à une large similitude des situations en Syrie et en Irak: les djihadistes sunnites au nord, les Kurdes au nord-est, les pouvoirs chiites/alaouites au centre-sud;

2- le renforcement d’un Kurdistan d’Irak autonome et quasi indépendant de facto, qui pourrait profiter de l’occasion pour aller vers une indépendance de jure, surtout si son contrôle des pétroles de Kirkouk se confirmait. La séculaire “question kurde” pourrait prendre une nouvelle dimension au niveau régional, y compris en Turquie, où le processus de dialogue initié ces dernières années s’enlise à l’évidence ces derniers mois,  avec la reprise d’incidents armés dans l’Est;

3- après avoir été à plusieurs reprises sous Saddam Hussein (1988, 1991) une région envoyant des dizaines de milliers de Kurdes fuyant la répression vers des camps de réfugiés principalement en Turquie, dorénavant le Kurdistan irakien abrite des camps de réfugiés sur son territoire: des milliers de Kurdes fuyant le nord de la Syrie depuis 2012, et maintenant des centaines de milliers de personnes de toutes origines (en particulier des chrétiens et des yézidis) fuyant Mossoul et la province de Ninive, abandonnées par une armée irakienne en pleine débandade face à l’EIIL. L’intervention des OIG et ONG, déjà débordées par la catastrophe humanitaire syrienne, va sans doute être nécessaire auprès de ces populations en fuite;

4- la coagulation de nouveaux intérêts communs partagés par la Turquie et l’Iran, qui ne peuvent guère envisager sans réagir l’établissement d’un “Djihadistan sunnite” à leurs frontières; et Ankara comme Téhéran doivent gérer à terme la montée en puissance stratégique du Kurdistan autonome d’Irak. Quant à l’Arabie saoudite pro-américaine, anti-iranienne et antichiite, elle est vouée aux gémonies par l’EIIL: mais elle a désormais des centaines de kilomètres de frontière commune avec des djihadistes sunnites anti-saoudiens, concurrents des djihadistes sunnites financés en Syrie par Riyad, le Qatar et “des fortunes privées du Golfe“…

5- la nécessité peut-être, pour l’Iran, de devoir ouvrir en Irak un second front, après le front syrien: Téhéran a délégué en urgence à Bagdad des chefs de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, et aurait déployé une brigade de combattants au nord de Bagdad. Et le président iranien Hassan Rohani, tout juste rentré d’Ankara, appelle solennellement à “combattre le terrorisme sur tous les fronts” . Préoccupation qui, une fois de plus, pourrait être partagée avec Washington, la République islamique (chiite) n’ayant jamais eu de quelconques affinités avec les djihadistes sunnites, tout aussi anti-occidentaux que ceux-ci se proclament… Les plus hautes autorités chiites s’inquiètent, comme en témoigne le 13 juin l’appel du grand ayatollah de Najaf Ali al-Sistani à la mobilisation générale des chiites pour défendre les lieux saints chiites. Il est évident que la percée de l’EIIL a une dimension de revanche des sunnites sur les chiites, et que l’antichiisme (et l’antilaouisme) est un des axes structurants majeurs de l’EIIL.

6- la nécessité, pour “l’Occident” de prendre en compte la montée en puissance d’un djihadisme radical, nouveau en ce qu’il est désormais ouvertement entré en rivalité politique avec al-Qaeda, tend à se territorialiser entre Syrie et Irak, et exerce un inquiétant tropisme de proximité chez de jeunes djihadistes radicalisés en Europe. En 2003, G.W.Bush avait, entre autres arguments, excipé des liens entre al-Qaeda et Saddam Hussein:  la menace djihadiste en Irak était totalement imaginaire en 2003, elle est réalité dix ans plus tard…

Les réunions en urgence de l’OTAN (à la demande des Turcs, mais l’organisation a déjà déclaré ne pas être géographiquement concernée par les événements irakiens) et du conseil de sécurité de l’ONU (à la demande des Américains, ce qui donne l’occasion au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov de stigmatiser le fiasco américain au Moyen-Orient depuis 2003) ne suffiront donc certainement pas à gérer les nouvelles dimensions de l’héritage de 2003, reconfiguré par la guerre civile en Syrie depuis 2012.


En attendant, même si elle a, en son temps, beaucoup alimenté la thèse du grand complot américain au Moyen-Orient, il n’est peut-être pas sans intérêt de revenir à la désormais célèbre carte d’un possible nouveau Moyen-Orient par le lieutenant-colonel américain (ER) Ralph Peters, dans l’Armed Forces Journal de 2006. Car on y lit, au-delà d’une Syrie maintenue: un grand Kurdistan indépendant, et un Irak sunnite séparé d’un Irak chiite élargi aux rives du Golfe…  Rappelons le titre précis de l’article de Peters: “Frontières de sang: à quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient.”

Jean-Paul Burdy


Notez-bien: 


Barack Obama et François Hollande, deux présidents, un seul objectif! (2014 Paris © DR)


''Rejetez la démocratie...''


12/09/2014- Les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), engagés dans le combat en Irak et en Syrie, ont annoncé l'objectif de l'établissement d'un "califat islamique" dans les régions conquises dans ces deux pays, faisant fi des frontières. l'EIIL, qui se fait désormais appeler "Etat islamique" pour supprimer toute référence géographique, avait désigné son chef Abou Bakr Al-Baghdadi comme "calife" et donc ''chef de tous les musulmans dans le monde''. Le calife désigne depuis la mort du Prophète Mahomet son successeur comme "émir des croyants" dans le monde musulman, mais ce régime a disparu avec le démantèlement de l'Empire Ottoman en 1916.

Dans un enregistrement, Abou Mohammad al-Adnani, porte-parole de l'EIIL, expliquait que ''le califat s'étendra d'Alep (nord de la Syrie) à Diyala (est de l'Irak)'', soit sur les régions conquises par ce groupe dans ces deux pays où ses milliers de combattants font la guerre au pouvoir en place.


"Clairement excédés..."


"Musulmans (...) rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l'Occident. Revenez à votre religion", avait-t-il lancé le premier jour du Ramadan. Le positionnement de l'EIIL remet en question deux grands principes que sont la capacité des peuples à l'autodétermination et le respect des droits fondamentaux humains. ''Des millions de personnes sont jetés sur les routes pour fuir les zones d'intenses combats, outre les nombreux crimes perpétrés sous couvert  de la Chariah, dont l'interprétation des textes sacrés par l'EIIL est vivement contestée à l'intérieure même de la communauté de croyance, c'est à présent tout l'équilibre de cette région du monde qui vacille.'' C'est une nouvelle ère du jihadisme qui s'ouvre, la suprématie d'Al-Qaïda est clairement remise en cause, l'EIIL souhaite rebattre les cartes de la géographie, s'attaquant aux fondements de la diplomatie et donc des forces en présence. 

En Syrie, la grille de lecture sur cette organisation évolue proportionnellement aux dérives de l'EIIL, ''l'Etat islamique de l'Irak et du Levant doit à présent faire face à ses anciens alliés rebelles ou de nombreux jihadistes sont à présent clairement excédés par ses exactions et sa volonté hégémonique. Certains contingents comme les européens venus grossir les rangs de l'EIIL comprennent que sous couvert de vouloir aider leurs frères opprimés comme ceux par le président Bachar el-Assad, qu'un certain piège se referme sur eux.'' Instrumentalisés, ceux qui refusent de suivre l'EIIL dans son entreprise de conquête s'exposeraient aux foudres de leurs nouveaux chefs. Les crimes des deux journalistes américains seraient jugés comme contre-productifs pour le sort de la Syrie et donc l'image d'un jihad qui revendique le sauvetage des peuples aux prises des exactions comme celles du président Bachar el Assad.

Sur le terrain défensif, la pression internationale est accrue, différents états occidentaux dont les Etats-Unis, la France ou même de nombreux états Arabes souhaitent reprendre la main dans cette région. L'horreur du crime des otages ou deux journalistes et son instrumentalisation ne pouvant que contribuer au rejet de l'organisation qui s'érige ainsi ''au dessus du Prophète, le respect qui lui est dû, et ce en s'attaquant à des populations arabes sans défense.'' Dans un tel contexte, la contre-offensive s'organise sur plusieurs fronts, une stratégie en étau avec le bombardement systématique des groupes de l'EIIL serait envisagée. Ceux-ci se déplacent rapidement et se fondent avec les populations civiles comme certains réfugiés en transit, fuyant les combats et l'instabilité générale de certaines régions.


Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a fait part de sa "profonde inquiétude face à l'aggravation de la crise en Irak et au nombre grandissant des morts et blessés parmi les civils, avec plus d'un million d'Irakiens qui ont fui leur domicile en raison des combats ", selon des propos rapportés par son porte-parole. C'est à présent l'épreuve de vérité, ''la conférence de Paris se devra poser les conditions de l'intervention de la coalition internationale, plusieurs états Arabes seront liés au dispositif, y compris le royaume d'Arabie Saoudite ou même le Qatar, tous deux très attendus pour mesurer la qualité de leur implication.'' Le Royaume d'Arabie saoudite a promis une aide financière pour permettre au Liban de restructurer ses capacités opérationnelles en conséquence. Le président américain Barack Obama a déjà précisé ''qu'aucun soldat américain sera déployé sur le terrain des opérations''. Les britanniques refusent le bombardement sur la Syrie, faisant cas du droit international mais surtout du risque imminent de dégâts collatéraux sur les populations civiles, les groupes radicaux n'hésitant pas à utiliser des civils comme bouclier humain. Les services du renseignement irakien et iranien disposeraient de preuves sur de tels agissements. Les iraniens devraient intégrer pour partie le dispositif, l'effet de la puissance de la guerre promise aux djihadistes radicaux porte un risque de porosité sur certaines frontières.


Jihadisme transnational...

Les différentes chancelleries se doivent anticiper et organiser l'évacuation de millions de civils, différents corridors sont à l'étude pour assurer l'évacuation des populations aux prises de l'EIIL. Stratégiquement, une dissolution du groupe est prévisible, la grille de lecture du commandement étant peu cohérente pour devoir se reposer sur quelques rares leaders d'envergure. L'amateurisme des combattants intégrés comme ceux présents en Syrie promet un niveau inégal entre les forces en présence. Les populations assiégées pourraient elles-même rallier les forces de la coalition de libération, ce sur quoi comptent aussi les Etats alliés Arabes du processus. La coordination sera la clef de la réussite de l'opération de cette guerre de libération qui va expérimenter les nouveaux moyens technologiques comme les drones. ''L'objectif est de faire coïncider les remontées d'informations du renseignement pour un plan d'attaques ciblées sur des groupes souvent éparses de combattants radicaux, des opérations "éclair" En occupant systématiquement tous les territoires laissés aux djihadistes radicaux, l'influence de ces derniers serait d'autant plus contenue. C'est l'équilibre de toute la région qui est en jeu, le leadership d'Al Qaïda est lui même altéré, brouillant encore plus cette partition qui voit l'émergence d'une nouvelle ère dans le djihadisme transnational.'' croit savoir notre éminente source. L'impact sur l'économie de tout le Moyen-Orient est dans la balance, sans capacité de résilience, les états seront confrontés aux pires conséquences pour l'avenir des peuples qui aspirent à une vie entre respect de leur religion et co-existence des différentes minorités. L'annonce de ce califat est perçu par les experts en relations internationales comme la plus importante dans le jihad depuis le 11 septembre 2001. Le projet est jugé irréaliste du fait même des nombreux antagonismes, fruit d'une histoire complexe qui place des peuples dans des situations hautement risquées et en contradiction totale avec les attentes de la majorité de ceux-ci. Entre lassitude et réelle exaspération, les peuples aspirent à vivre dans une région apaisée où le fait religieux ne doit plus être l'objet de récupérations aux conséquences dramatiques. Un sentiment d'autant plus partagé par les peuples inféodés par la force et cette relecture de la Chariah souvent perçue pour le seul bénéfice de ses initiateurs, les conditions de vie y sont aggravées et n'offrent pas l'espoir d'un avenir serein alors que la situation économique et sanitaire de ses peuples se dégrade dans des proportions inconnues à ce jour.



La principale menace...

C'est donc à la communauté internationale dont les Etats arabes que revient l'autorité d'instaurer un axe défensif pour que ces peuples soient en capacité de se construire autant de passerelles comme autant de réponses à tous ceux qui veulent dynamiter des ponts. La problématique du chiisme ne peut expliquer à elle seule toutes les dérives, les Sunnites, majorité idéologique des pratiquants de la religion musulmane sont également au centre des conflits de l'EIIL, toutes proportions gardées, comme le soulignent de nombreux experts, on en arrive à une large similitude des situations en Syrie et en Irak: les djihadistes Sunnites au nord, les Kurdes au nord-est, les pouvoirs Chiites-Alaouites au centre-sud. ''L'EIIL n'est finalement que la résultante d'un échec de la communauté internationale en Irak, il est aujourd'hui la principale menace d'un islamisme extrémiste.'' La réponse de la communauté internationale devra faire sens à la volonté de préserver l'intégrité territoriale des pays concernés par cette crise ouverte, pas moins les intérêts de populations si durement affectées. Souhaitons que la paix soit le véritable curseur d'une croyance, sa pratique, son plein respect. C'est le Lundi 15 Septembre 2014 à Paris que se réuniront les principaux émissaires qui représenteront les 26 états disposés à une intervention contre l'Etat islamique...



Inside EIIL...



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